CNRA: ‘’L’aide à la presse doit être repensée en terme de financement‘’

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Beaucoup de patrons de presse trouvent que l’aide à la presse telle que répartie ne profite pas vraiment aux entreprises. Un financement du secteur des médias serait beaucoup mieux. Le président du conseil national de régulation de l’audiovisuel Babacar Touré s’est fait leur porte-parole auprès du Président Sall hier, au cours de la cérémonie de remise du rapport de l’année 2014 de la structure qu’il dirige. C’était au Palais présidentiel.

‘’Monsieur le Président, notre presse mérite que l’on se penche à son chevet. Elle mérite mieux que ce qui lui a été témoigné jusqu’à ce jour. Le diagnostic est disponible’’. Ainsi, pense le président du conseil national de régulation de l’audiovisuel, Babacar Touré. Il l’a dit hier au cours de la cérémonie de remise du rapport annuel du Cnra au chef de l’Etat Macky Sall. Et ce ne sont pas des solutions pour résoudre le problème qui manquent. Certaines d’entre elles dorment d’ailleurs dans les tiroirs des députés comme l’a dit M. Touré. Dans ce cadre, l’actuelle formule de l’aide à la presse ne serait pas des meilleures. ‘’L’aide à la presse est devenue une modalité dépassée, elle doit être repensée en termes de financement du secteur des médias pour être enfin utile, efficace à sortir la presse de la petite misère’’, affirme-t-il.

A côté de l’amélioration de l’aide à la presse, Babacar Touré voit à travers le projet de code de la presse une belle opportunité pour les entreprises concernées. ‘’Le projet de code de la presse, revisité, résoudrait certains des casse-têtes économiques du secteur autant que les motifs de préoccupation professionnelle.’’

Toujours dans la dynamique d’aider les entreprises de presse à avoir une santé financière, Babacar Touré a rappelé au Président le rôle de l’Etat dans le financement du service public. Ce qui devrait permettre à la télé d’Etat de ne pas prendre des parts du marché de la publicité. Sur ce point, il a été rassuré par son hôte. ‘’Nous sommes en train de voir comment faire pour le financement de l’audiovisuel public. S’il faut que les téléspectateurs paient par exemple une redevance de 100 F pour y arriver, on le fera afin que l’audiovisuel public laisse aux privés la publicité’’, annonce Macky Sall.

Par ailleurs, Babacar Touré a relevé les manquements des professionnels de l’information dans l’exercice de leurs métiers. C’est ainsi qu’il a fait part au Chef de l’Etat du contenu des avis trimestriels 2014 du Cnra. Le conseil a mis en demeure huit opérateurs l’année dernière. Les concernés ont suspendu après réception d’une notification la suspension d’émissions ou de publicités incriminées. Mais ‘’les 4 avis dont les textes sont reproduits dans le rapport montrent qu’à l’évidence, il y a beaucoup à faire et que l’effort relève certes des éditeurs de presse mais également des acteurs politiques, des représentants de la société civile et, de manière générale, de l’ensemble de la collectivité, tant il est vrai que la régulation est une œuvre collective qui interpelle les différentes composantes de la société’’, déclare M. Touré.

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Macky Sall

‘’Il y a beaucoup de non-professionnels parmi les journalistes qui prennent en otage un métier si noble’’

Pour sa part, le Président Sall est allé plus loin sur certaines dérives notées dans le travail des journalistes. ‘’Il y a des griefs qui portent sur la frénésie de l’information. Le respect de la vie privée et de l’honorabilité des gens, la question des signalétiques, l’exposition des populations à des contenus non appropriés, la prolifération sur les sites de contenus hors-la-loi posent problèmes’’, dénonce Macky Sall. Le chef de l’Etat de poursuivre : ‘’Il faut regretter la publication de documents estampillés secret défense. La presse en publie souvent et cela met en péril les intérêts de la nation.’’ C’est ainsi qu’il appelle à une mobilisation collective pour ‘’moraliser’’, ‘’redynamiser’’ et ‘’assainir’’ ce milieu. ‘’Le problème est qu’il y a beaucoup de non-professionnels parmi les journalistes qui prennent en otage un métier si noble’’. Ces derniers utilisent la presse comme ‘’moyen de pression et de chantage’’.

Pour remédier à cette situation, Babacar Touré suggère que ‘’l’octroi et le renouvellement de la carte de la presse et des licences puissent être assortis de formations obligatoires et garanties par l’Etat’’. Dans la même logique, il propose ‘’une éducation de nos médias’’.

En définitive, un fonds d’appui à la création et à la production audiovisuelle ainsi que l’ouverture d’un institut national de l’audiovisuel permettraient d’avoir des programmes et des contenus pertinents, selon M. Touré.

VOTE DU CODE DE LA PRESSE

‘’La dépénalisation des délits de presse est un vrai problème’’

Le pouvoir en place n’a jamais caché ses réticences pour le vote du code de la presse. Et hier, le président Sall, en recevant les membres du conseil national de régulation de l’audiovisuel (Cnra), a indiqué le point qui dérange. ‘’On ne peut pas extirper une catégorie de la population et dire qu’ils ne peuvent pas aller en prison quand ils commettent des fautes’’, se désole-t-il. Pour lui, ce n’est pas juste. Même s’il trouve que l’adoption du code de la presse permettrait de réguler et d’assainir le milieu des médias au Sénégal tel qu’il le suggère (voir ailleurs). Le chef de l’Etat est donc conscient de l’opportunité à voter ce projet par les parlementaires. C’est pourquoi, il propose qu’il soit revu.

Le président du Cnra est dans la même logique que lui. Babacar Touré propose ‘’un code de la presse revisité’’. ‘’J’étais tout à l’heure avec le président du groupe parlementaire majoritaire (ndlr Moustapha Diakhaté) et je lui ai dit qu’il fallait trouver une modalité pour aller vers l’adoption de ce nouveau code’’, informe M. Sall. Par ricochet, parlementaires et professionnels des médias devraient accepter de faire des concessions afin d’avancer dans l’adoption de ce projet de code de la presse.

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