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Contre – Procès: Hissène Habré ou la mauvaise conscience d’une justice sélective

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Avec un verdict quasiment connu d’avance, le procès de Hissène Habré qui s’ouvre ce lundi 20 juillet 2015 à Dakar sera en même temps celui de la justice pénale internationale, et de son démembrement, les Cours africaines extraordinaires (Cae), juridiction spéciale au sein du système judiciaire sénégalais. Jamais on n’aura vu en terre sénégalaise, une si forte ingérence d’organisations privées dans ce qui reste quand même un engagement du Sénégal. De l’Etat du Sénégal, de ses ressortissants par la force des choses, et de ses dirigeants. Les victimes de Hissène Habré existent bel et bien. Ce procès, comme beaucoup d’autres, devait avoir lieu…

Il survient dans un contexte de frictions, pour ne pas dire plus, entre certains pays africains et les instances de la justice internationale. Cette dernière, d’après ce qu’elle a montré jusqu’ici, est sélective, orientée et unilatérale. Dans le cas particulier de l’ancien dictateur de Ndjaména, l’accusation menée principalement par l’Ong « Human Rights Watch ». Et quelques heures avant l’ouverture du procès, on a acheté des espaces dans la presse dakaroise pour sonner le glas des dernières illusions quant à la volonté des uns et des autres de garder une dernière distance critique vis-à-vis de l’affaire.

Dans le macabre décompte des conséquences des guerres et génocides, ceux qui font face actuellement aux juges de la Cour pénale internationale, Laurent Gbagbo ou Jean-Pierre Bemba, ou les condamnés Charles Taylor et le serbe Slobodan Milosevic, paient pour des intouchables. Tous, bien sûr, responsables, trop de « collègues » criminels leur manquent, à leurs côtés, dans leurs prisons dorées. Ce qui choque, c’est la capacité de lobbying des organisations de défense de droits de l’Homme, jusqu’à indiquer la marche à suivre à certains Etats africains. Avec une torture morale systématique.

Le maquilla émotif de « l’africain jugé par des africains » ne tient pas longtemps car à l’instar de la sueur sur un visage mal préparé, il creuse des rides et dévoile la laideur de la méthode. Ce n’est pas seulement en Afrique que l’impensable se produit. Le génocide rwandais, a d’abord été exécuté, par des rwandais, avant une pseudo aide à la planification venue d’ailleurs. Certes. Mais l’énergie déployée à juger les africains doit se déployer, concomitamment, vers d’autres cieux. Le sanguinaire Ariel Sharon (en Palestine) ? Georges Bush père et fils (en Irak) `? Nicolas Sarkozy (en Libye) ? Barack Obama (avec ses drones) ?

Il fallait trouver des exemples pour donner des visages humains à l’idéologie qui accompagne la justice pénale internationale. Systématiquement, les anciens dirigeants africains sont traqués alors que l’impunité a cours partout ailleurs sur terre. Où sont les coupables des centaines des milliers de morts dans les guerres au Proche et Moyen-Orient ? Qui a massacré à Madagascar ou au Vietnam alors sous joug colonial, pour ne lever qu’une infime partie du voile qui cache avec pudeur le sang charrié par le fait colonial ?

En juin, le président soudanais Omar El Bachir a été brièvement interdit de quitter le territoire sud-africain à la demande de la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye qui réclamait son arrestation. Le Congrès national africain (ANC), au pouvoir en Afrique du Sud, a accusé le tribunal de La Haye de s’acharner de façon sélective contre certains pays d’Afrique et d’Europe de l’Est.

Le débat se pose moins de savoir si Habré a tué ou pas. Il est évident qu’en tant qu’ancien chef d’Etat d’un pays à l’époque menacé de tous bords, à l’intérieur par des rébellions et à l’extérieur par la Libye, la force et même la cruauté brute ont pu être utilisée contre d’innocentes personnes. En vérité le problème réside dans le fait que lorsqu’on est citoyen d’un pays puissant, on est assuré de l’impunité, quel que soit le crime commis. Comment en effet ne pas être triste, lorsqu’on voit des citoyens français continuer à se la couler douce chez eux, après avoir mis le feu en Libye, en assassinant son dirigeant (Khadafi). Les effets collatéraux de cette opération, ne sont pas plus graves et plus déstabilisants pour le Continent africain que les ‘’crimes’’ d’Habré ? Posons la question à nos ‘’Droits-de-l’hommistes’’ professionnels !

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