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Me Demba Ciré Bathily : « La traque est un piège politique qu’on a tendu au Président Macky Sall, en lui faisant croire que c’était une demande sociale (…) »

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Au seuil du délibéré relatif à la demande de mise en liberté provisoire introduit par le pool d’avocats de Karim Wade, nous avons accroché un des éminents défenseurs de ce dernier. Et, Me Demba Ciré Bathily de se soumettre au feu roulant de nos questions. Interview!

Maître, nous sommes au seuil du nouvel An, quel bilan faites vous de l’année 2014? Je subodore déjà que vous évoquerez l’affaire de votre client Karim Wade, mais faites-nous une rétrospective des faits judiciaires marquants?

Me Demba Ciré Bathily : Le fait judiciaire marquant c’est l’arrêt rendu par le Conseil Constitutionnel qui dit que la loi sur la CREI est conforme à la constitution. C’est la consécration d’un recul de l’Etat de Droit et un rebours sur le chemin de la consolidation des droits et libertés individuels.
Que vous inspire en toute objectivité la fameuse traque des biens supposés mal acquis qui a été un des faits saillants de l’année?

Me Demba Ciré Bathily : La traque des biens mal acquis est un concept politique auquel on a trouvé un habillage judiciaire.C’est un piège politique qu’on a tendu au Président en lui faisant croire que c’était une demande sociale. Vous connaissez l’adage: Dieu protégez-moi de mes amis, je viendrai tout seul à bout de mes ennemis.

  Maître, d’aucuns ont qualifié la traque de sélective. Les partisans de Karim Wade ont soutenu que leur mentor en était la cible. Partagez-vous leur avis?

Me Bathily : Vous savez tous que Karim Wade n’est pas poursuivi pour des manquements ou des détournements de deniers publics. D’ailleurs les audits disponibles sur sa gestion ne lui font aucun grief. Il fallait trouver un artifice pour l’atteindre, et on a, ce qui est toujours mon avis, violé la loi et le droit, mis en œuvre un artifice juridique pour l’arrêter . Vous comprendrez que je n’aie pas à insister sur ce que nous savons tous désormais.

  Venons en au limogeage du Procureur Spécial, Alioune N’dao. Les gens ont extrapolé, mais selon vous, qu’est ce qui l’a perdu?

Me Bathily :Je ne commente pas les nominations et affectations de magistrats. Nous étions opposés dans le cadre du procès, mais en dehors de cela, nous avons des relations fraternelles. Vous devriez plutôt poser la question au ministre de la justice.

  Quelle image gardez-vous du Procureur N’dao? Un fait qui vous a marqué?

Me Bathily : Nous savons faire la part des choses entre les exigences de nos fonctions respectives qui peuvent déboucher sur des oppositions parfois violentes et nos relations personnelles. C’est le charme des gens de justice!

Et l’ex ministre de la justice promue Pm, Aminata Touré?

Me Bathily : Vous savez un premier ministre est un fusible qui finit toujours par sauter du fait des surtensions inhérentes au système tant qu’on ne fera pas chez nous autrement la politique.
Que pensez-vous alors de l’actuel garde des sceaux, ministre de la justice, et dans la foulée le nouveau Procureur Spécial, Cheikh Tidiane Mara?

  Je ne peux pas me permettre d’avoir des pensées sur les gens et quand c’est le cas, je ne l’exprime pas publiquement. J’ai le droit, en tant que citoyen, d’avoir un jugement sur les actes qu’ils posent et relevant d’une fonction publique. Mon attente est compte tenu de leur parcours réciproque et de leur connaissance des droits humains, qu’ils aillent dire au Président de la République que les règles de fonctionnement de la CREI violent les droits de l’homme et consacrent de ce fait un recul pour le Sénégal sous son magistère. On est en train d’écrire les pages les plus noires de l’histoire judiciaire du Sénégal, et que c’est un devoir pour tous ceux qui en sont conscients de se mobiliser pour mettre fin à cela.

Maître, qu’est-ce qui explique ces remous souvent notés au sein de la famille judiciaire, je fais allusion au bras de fer entre le sytjust et la tutelle entre autres? Que préconisez-vous pour une solution définitive de ces récurrentes divergences?

Me Bathily : Ces remous tiennent au fait que nous ne donnons pas suffisamment de moyens à la justice, Elle manque de tout, pas assez de moyens matériels, les ressources humaines sont insuffisantes et les moyens financiers limités. Il faut à cela ajouter les conditions de travail et le niveau des salaires. Il faut instituer un cadre permanent de concertation avec les acteurs judiciaires.

Croyez-vous réellement à l’indépendance de la justice Sénégalaise?

Me Bathily : L’indépendance de la justice, cela ne veut rien dire. L’exécutif joue un rôle dans la nomination des magistrats aux postes de responsabilité, nous le savons aussi. Ce à quoi je crois et qui me semble être la chose la plus importante, c’est des juges indépendants dans l’exercice de leurs fonctions. C’est une question personnelle qui renvoie chaque juge à sa conscience et au respect de son serment, Et mon témoignage est que c’est la règle, même si malheureusement les exceptions existent. Ne sera indépendant que le juge qui veut, personne ne peut rendre sa décision à sa place et il ne doit à personne d’être juge. Sinon au delà de Dieu, ses efforts et son mérite personnel.

  Votre commentaire sur les affaires Mittal et Petro Tim?

Me Bathily :J’ai choisi de ne pas me prononcer sur ces deux questions. Je préfère œuvrer pour un dialogue politique et un climat social apaisé.
Lundi prochain sera décisif pour vous de la défense de Karim Wade, je fais allusion au verdict du délibéré de votre demande de mise en liberté provisoire  prévu ce jour. Croyez-vous vraiment  qu’il bénéficiera enfin d’une liberté provisoire après deux ans de détention préventive? 

Me Bathily : Nous serons édifiés lundi. A chaque jour suffit sa peine. La liberté provisoire est un droit auquel peut prétendre toute personne détenue.

Vous avez un dernier mot?

Me Bathily : Nous avons encore une longue bataille à mener sur le chemin du droit à un procès équitable. La présence effective de l’avocat à l’enquête de police dans quelques jours, y contribuera fortement…

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