Mouhamadou Lamine Bara LO : DÉCONSTRUIRE LE PARRAINAGE

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Pourquoi devrions-nous accepter qu’une personne à qui nous avons confié une chose, pour un temps donné, se permette de modifier les modalités de transmission de manière à ce que demain nous perdions la latitude de choisir dans une pluralité de candidatures, aux arguments si divers, laquelle investir de notre confiance pour garder ce même bien?

Les 1% du fichier ne sont pas un problème de nombre pour les candidats parce que la collecte n’obéit pas aux rigidités du vote. En d’autres termes, les candidats ne sont pas tenus de trouver le nombre demandé en un jour, entre 8H et 18H.

Paradoxalement, c’est également en cela qu’il constitue un problème. Le parrainage qui est un scrutin avant l’heure, par l’exclusivité des parrains, ne bénéficie pas des contraintes d’un scrutin sincère, gage de confiance.

Le vote qui a ce caractère exclusif est encadré de manière à ce que l’exclusivité soit effective.

Non seulement on demande à l’electeur de ne voter qu’une seule fois et pour un seul candidat, mais l’autorité s’en assure par la délimitation du temps, la presence effective sur les listes électorales (les législatives ont montré qu’au Sénégal detenir une carte ne signifie pas figurer sur les listes), le contrôle d’identité en présence de tous les acteurs et, surtout en l’espèce, le marquage à l’encre indélébile signifiant que l’on a déjà voté.

Ici, quelle garantie auront les potentiels candidats que les supposés parrains n’ont pas DÉJÀ émargé pour un autre candidat ou ne le feront APRÈS?

Comment pourraient-ils objectivement determiner la marge de sécurité nécessaire pour s’assurer des faux-parrains ou des parrains-naïfs si l’on sait que le fait de fournir même 500.000 signatures ne garantit pas 10.000 signatures exclusives?

Au-delà de cette inconsequence, réduire la candidature à un vote « pré-acquis » (pourquoi parrainerait-on une liste pour laquelle on ne compte pas voter) revient à priver les citoyens d’offres politiques qui pourraient éventuellement les séduire. Qui n’aurait pas aimé suivre le programme du Docteur Abdourahmane Sarr en 2012 alors qu’il abordait des questions aussi importantes que la monnaie, une relative autonomie des territoires en termes de politiques publiques?
Cependant, il s’offrait à ce brillant intellectuel la candidature par le biais d’un parti pour reduire cette incertitude stratégique.

Alors, si la démocratie fait beaucoup cas de la loi du nombre, son esprit est résolument tourné vers l’inclusion et la délibération. Choses qui ne sont obtenues que par l’expression plurielle et polarisée des idées.

Pourquoi devrait-on priver les Sénégalais de ce délice démocratique pour un vice autocratique?

Les arguments de rationalisation des partis et des finances publiques sont inconsistants pour les simples et bonnes raisons que pour la première, la raison voudrait qu’elle se fasse en amont, à la création et au contrôle de régularité des partis, pour la seconde, parce que l’Etat, incarné par le Président Macky SALL ne dépense pas le sien dans ce rendez-vous démocratique. Il sera dépensé l’argent de Citoyens qui, d’un coté, veulent s’adresser à leurs compatriotes et, de l’autre, préfèrent l’embarras du choix plutôt qu’un choix structurellement insatiable de l’embarras de propositions de gouvernement.

Le parrainage est une nébuleuse qui ne s’inscrit que dans le projet de confiscation du pouvoir du Président Macky SALL.

La reforme constitutionnelle visant la qualité de Président qui ajoute le mot « electeur » est à rejeter par son caractère purement « personnel ».

Le professeur Ismaila Madior FALL n’a-t-il pas enseigné à des générations d’étudiants Sénégalais et Africains l’impérieuse nécessité du « caractère impersonnel » de toute loi?

Il est malheureux que toutes ces reformes déviantes proviennent d’un homme qui a été élu par la volonté de changement des Sénégalais.

Il davantage malheureux que des gens ravalent leurs positions d’hier parce qu’elles sont aujourd’hui exprimées par un mentor.

L’inconsequence de ces impostures est la principale menace qui pèse sur le Sénégal.

La cohésion sociale tant chantée du Sénégal ne sera pas remise en cause par des manifestations de rue qui ne sont réellement que l’expression ultime d’un sentiment d’injustice.

La cohésion sociale tient avant tout de l’intention qui préside à l’élaboration des textes de loi. Elle tient de la bonne intention du Président Macky SALL.

Ce sera son choix, sa responsabilité, de garder une nation unie et forte, ou de déconstruire un legs qui n’a pas été bâti sans désagréments ni périls.

Mouhamadou Lamine Bara LO
Mankoo Taxawu Senegaal 
laminebara.lo@gmail.com

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