Serigne Abo Sall, « Touba a besoin d’infrastructures modernes capables de répondre à son expansion démographique »

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Deuxième ville du Sénégal après Dakar, Touba a besoin, selon l’expert-comptable et financier membre de l’Association « Rawdou Rayahin », Abo Sall, d’infrastructures modernes en mesure de répondre à l’expansion démographique de la cité religieuse. Dans cet entretien, l’économiste souligne la nécessité de créer un tourisme religieux autour des grands événements comme le Magal de Touba marquant le retour d’exil du fondateur du Mouridisme Khadimou Rassoul.

Pouvez-vous revenir sur les activités du « Rawdou Rayahin » ?
Le «Rawdou Rayahin» est une structure qui a été créée durant le khalifat de Serigne Saliou Mbacké il y a 15 ans. C’est d’ailleurs ce dernier qui a donné ce nom à l’association qui signifie littéralement « Jardin de parfum ». «Rawdou Rayahin» a une histoire dans le Mouridisme. A l’époque, Cheikh Ahmadou Bamba avait nommé un petit groupe qui était animé par Serigne Modou Moustapha et Serigne Saliou Fallou. Il était chargé d’accueillir les personnes qui venaient le voir et d’échanger avec elles sur des questions religieuses. Il y a un temps où nous étions un groupe restreint avec l’idée de pouvoir communiquer avec les pèlerins, mais aussi avec ceux qui ne pouvaient pas venir via la radio et la télévision sur la pensée de Cheikh Ahamadou Bamba. Chaque année, on organise une grande conférence sur divers sujets. On distribuait à l’occasion des supports papiers. Aussi, on avait trouvé l’idée de mettre en place un journal qui s’appelait le « Journal du Magal » avec beaucoup d’enseignements sur le Mouridisme et l’Islam. Durant le Magal, on organisait un forum. Cette année, le forum a porté sur l’identité de l’Islam face aux défis de la mondialisation avec la participation des universitaires venus de beaucoup de pays musulmans dont l’Iran, l’Egypte, la Tunisie. Au terme du forum, il a été produit une déclaration qui résumait toutes les différentes interventions. Maintenant, durant la nuit du grand Magal, il y aura une grande conférence, des tables rondes diffusées sur les chaînes de télévision.

Touba accueille chaque année plus de pèlerins. Qu’est-ce qui est fait pour améliorer l’accueil et la prise en charge de ces hôtes ?
L’expansion démographique fait naître des problèmes relatifs à l’urbanisation, à l’assainissement et à la santé. Nous avons fait intervenir dans le « Journal du Magal » des spécialistes de la santé pour parler de l’état de la prise en charge sanitaire. Je pense que Touba a besoin d’avoir des infrastructures modernes capables de répondre à son expansion démographique aussi bien dans l’urbanisation que dans l’assainissement. Dans la ville sainte, le problème de l’eau se pose de façon récurrente. Il faudrait penser à une solution afin que ceux qui reçoivent de l’eau puissent en payer une partie. Touba n’est plus un village. Quand on parle de la deuxième ville du Sénégal, on ne peut pas être traité de la même manière qu’un petit village. Il faudra réfléchir sur les voies et moyens qui s’offrent à Touba pour pouvoir se doter d’infrastructures à mesure de répondre aux besoins des populations. Du côté du pouvoir, beaucoup de dispositions ont été prises en vue d’assurer un bon Magal comme tous les ans. Pour l’eau, différents ministères sont intervenus et tout a été déroulé normalement. Il faut savoir également que le Khalife participe beaucoup à tout ce qui est lié au développement de Touba. Aujourd’hui, la rénovation et l’extension de la mosquée nécessitent des dizaines de milliards de FCfa. C’est le Khalife lui-même qui s’est chargé du financement de ces travaux. Il en est de même des travaux de la grande mosquée Massalikoul Djinane de Dakar.

Le Khalife est dans de bonnes dispositions pour participer à tout ce qui se rapporte aux investissements dans la ville de Touba. Je pense aussi que nous devons réfléchir sur la possibilité qu’il faut donner à la collectivité locale, à la commune de Touba pour pouvoir collecter des recettes qui permettraient à la ville de répondre au besoin d’investissement en matière d’éclairage, de sécurité, d’assainissement. Et le budget actuel ne fait presque que couvrir les frais de fonctionnement. Le terme taxe serait un peu déplace, mais un système de « adiya » qui serait collecté auprès des pèlerins tous les ans et qui serait destinés aux investissements de la ville. Je pense que cela permettrait de mieux accueillir les pèlerins. C’est d’ailleurs ce qui se passe dans tous les pays comme l’Arabie Saoudite où il y a une taxe sur le pèlerinage qui permettait à la ville de prendre en charge les besoins de la ville en matière d’investissement. C’est ainsi qu’on pourra faire face aux flux de pèlerins et de les accueillir dans de meilleures conditions.

Est-ce que vous pouvez revenir sur la dimension économique et culturelle du Magal de Touba ?
Dans d’autres pays, des fêtes comme Noël sont une occasion pour les industriels et les commerçants de doper leurs affaires. Aujourd’hui, le chiffre d’affaires que les commerçants qui sont à Touba réalisent est l’équivalent de trois mois de profit. Les enquêtes que nous avons menées sur le terrain le confirment nettement. Le Magal a un impact économique certain sur l’activité des commerçants à Touba, mais aussi sur les industriels qui fabriquent ces produits. Les opérateurs de télécommunication comme Orange et Tigo se déploient à Touba. C’est la même chose également pour les industries de biens de consommation comme les boissons, l’eau et la nourriture. Je pense que tout cela doit mériter une réflexion qui nous mènera un jour à un tourisme religieux. Toutefois, ce tourisme religieux doit avoir aussi un statut au niveau étatique. L’Etat a intérêt à promouvoir cette forme de tourisme. Au cours de ces dix dernières années, le nombre de touristes visitant le Sénégal a fortement baissé. Le secteur est plongé dans une situation de marasme un peu partout, que ce soit à Mbour ou en Casamance. Cette situation s’explique par le terrorisme, l’érosion côtière, la cherté de la destination Sénégal. Je considère que ce type de tourisme peut être concurrencé par le tourisme religieux à partir du moment où l’Etat pense qu’il faut le développer. Maintenant, pour y arriver, il faut mettre en place des moyens qui peuvent permettre aux gens de mieux connaître Touba ainsi que des infrastructures qui pourraient aider les étrangers qui viennent dans la ville sainte de pouvoir y séjourner dans de bonnes conditions.

Comment trouvez-vous la politique de modernisation de la ville de Touba initiée par les autorités de ce pays ?
Le président de la République a fait beaucoup d’investissements dans la ville de Touba. Il y a beaucoup de routes dans la ville qui ont été réalisées par le président Macky Sall. Il y a également beaucoup de quartiers qui ont été assainis grâce au chef de l’Etat. Le Khalife général lui-même tient à ce que les mourides l’accueillent de la façon la plus populaire pour tout ce qu’il fait au profit de la ville, mais également pour ses considérations pour le marabout. Le président de la République est sur la bonne voie. Il est important d’écouter les populations. Je pense que les personnalités politiques locales doivent se rapprocher des populations afin que les projets du président Macky Sall soient mieux ressentis.

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