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Affaire Khalifa Sall : pourquoi la Justice ne peut plus reculer

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Dans les tout prochains jours, le maire de Dakar, Khalifa Sall, sera inculpé et placé sous mandat de dépôt. Le dépôt des deux tiers des montants qui lui sont réclamés, soit 1 milliard trois cents millions de francs pourrait même ne pas retenir le Doyen des juges.

L’erreur du Maire de Dakar est sans doute d’avoir avoué les faits qui lui sont reprochés et d’avoir, dans un second temps, mis en cause l’honnêteté des enquêteurs de l’Inspection générale d’Etat et celle du juge. Or, ces derniers, selon des proches, ont agi en toute intégrité dans cette affaire.

« Le Président Macky Sall n’a rien à voir avec cette procédure.

C’est en Assemblée générale de l’Inspection générale d’Etat que les propositions sont faites pour les enquêtes, en fonction naturellement des doutes et des soupçons sur certaines pratiques.

Et c’est ainsi que des inspecteurs ont fait des propositions concernant de nombreuses municipalités. La plupart d’ailleurs étaient des municipalités contrôlées par l’Apr.

Le rôle de l’inspection, c’est de veiller à l’orthodixie.

Ce n’est pas parce qu’une pratique est vielle, qu’il faut la laisser perdurer quand elle est frauduleuse. Notre rôle, justement, est de mettre fin à certaines pratiques qui nous retardent.

Quand les résultats des enquêtes sont revenus, ils ont fait l’objet de lecture par tous les membres. Et sur ce point, aucun parti-pris possible.

il faut dire que les deux tiers des inspecteurs ont été nommés sous Wade, Macky n’en a nommé que très peu. Ceux qui ont mené ces investigations ont été trouvés là par l’actuel régime.

Leur sincérité, celle de François Collin ne font aucun doute ». Ils ajoutent que « quand les résultats sont arrivés, ils ont été appréciés.

Mais sans aucun doute, le dossier le plus grave, c’est celui de la Mairie de Dakar. Dans la plupart des cas, ce sont des marchés de gré à gré de quelques millions, ou des dotations de carburant, pour quelques millions.

Souvent, les maires ignoraient les procédures. Mais à Dakar, c’est du détournement organisé sur plusieurs années, c’est sans commune mesure.

Mais là aussi, tout s’est décidé à l’insu de Macky Sall. Quand la liste devait être validée, il y avait dedans ses proches. Il aurait pu l’arrêter, mais il l’a validée. Même son frère a été audité ».

Le vérificateur François Collin, après avoir terminé son travail, a transmis les rapports au Président Sall, qui devait apprécier de la suite à donner.

« Des gens sont venus lui dire que pour ce qui concerne les maires Apr, il n’y avait pas lieu de poursuivre, puisque vraiment, il fallait être sévère pour les traduire devant la chambre de discipline financière.

C’était pour quelques millions, parfois moins d’un million, des excès dans le carburant. Mais le Président a dit le transmets tous les dossiers.

Même s’ils doivent un centime, ils doivent payer », assurent des personnes au fait de ce dossier.

Après avoir reconnu ses fautes, Khalifa Sall s’est emmuré dans un silence devant les enquêteurs.

« Je me confie à Dieu », s’était-il contenté de répéter, face aux preuves accablantes présentées sous ses yeux. Un comportement perçu comme une attitude de mépris.

Mais ce qui a encore le moins plu, c’est sa façon de dire que la Justice a été instrumentalisée, alors que les faits sont pour eux clairs, laissant même ses proches menacer et insulter des juges.

De sorte que désormais, assurent nos interlocuteurs : « Si l’Etat recule, on aura l’impression que effectivement, il s’agissait d’une instrumentalisation politique de cette affaire et qu’il a reculé sous la pression.

Si la Justice recule, ce sera un précédent dangereux, puisqu’on dira que quelqu’un peut détourner, faire pression sur la Justice et rester libre ».

De sorte qu’il n’est plus possible de ne pas aller sur le fond de cette affaire. Khalifa Sall ne pourra pas être mis en examen et rester libre. C’est le Code de procédure pénal qui lie le juge, dans ce genre d’accusations.

Ce dont il est question dans cette affaire, c’est la caisse d’avance. Cette caisse, même si elle existe depuis longtemps, contrairement à ce qu’affirme le maire de Dakar, est réglementée par une loi qui date de 2003.

Ce qui est reproché au Maire de Dakar, d’avoir, pendant huit ans, mis en place, avec un seul Gie, un système pour livrer à la mairie de Dakar du riz, d’une valeur de 15 millions de francs Cfa tous les 15 jours.

Les inspecteurs d’Etat ont été intrigués par le fait que la trésorière de ce Gie, qui est seul à travailler avec la Mairie, était aussi l’assistante de son Dage.

Les inspecteurs ont alors demandé à connaître le dépôt de stockage de tout ce riz, destiné aux populations.

Quand les inspecteurs ont parlé au responsable du dépôt, il a avoué, sur procès-verbal, et sous serment, qu’en réalité, il a toujours signé, mais il n’a jamais vu le riz en question.

Les enquêteurs se sont alors tournés vers le Dage, qui dégageait tous les 15 jours, les 15 millions de francs servant au paiement de cette livraison.

Ce dernier avouera aux enquêteurs, sous serment, qu’en réalité, ses commandes étaient fictives. Il jugera aux enquêteurs qu’il remettait l’argent au maire Khalifa Sall en personne.

Si l’argent avait été effectivement utilisé pour faire du social, les inspecteurs auraient sans doute eu du mal à asseoir une base légale pour réclamer des poursuites contre le maire de Dakar.

Mais ce qui ressort de l’enquête, sous réserve de ce qu’en dira la Justice, c’est que tous les mois, Khalifa Sall a détourné la somme de 30 millions de francs à son propre compte.

Quand on considère qu’il y a eu parfois un treizième mois d’activité, c’est un total de deux milliards qui a été détourné non pas pour du social, mais au profit de Khalifa Sall exclusivement. La déposition de son Dage, sur cette question, condamne le Maire de Dakar et lie le juge.

Quant au Président de la République, ses proches le disent déterminé à laisser la Justice agir en toute indépendance et en toute rigueur.

« Les gens viennent lui dire que c’est une erreur, qu’il va rendre Khalifa Sall populaire et que cela pourrait être dangereux pour lui.

Mais il répond invariablement que ce n’est pas une raison de bloquer la Justice, d’agir intempestivement pour rompre son indépendance et surtout, ce n’est pas en pensant à sa prochaine élection qu’il doit décider de ce qui est juste ou ne l’est pas.

Il a vu des actes condamnables, il a suivi les recommandations de l’inspection générale d’Etat, qui a agi en toute indépendance et en toute objectivité », confient ses proches.

 

senemedia.com

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