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Assane Dioma Ndiaye: ‘’Il est difficile d’annoncer un procès, alors que le juge n’a même pas encore renvoyé’’

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C’est l’anniversaire de la mort de l’étudiant Bassirou Faye. Où en êtes-vous avec le dossier ?

Le dossier est toujours au niveau de l’instruction, devant le juge du premier cabinet, le doyen des juges Mahawa Sémou Diouf. C’est vrai que le dossier est pratiquement en phase de clôture. Le Procureur a déjà, semble-t-il, formulé ses réquisitions définitives. Il appartient maintenant au juge d’instruction de prendre son ordonnance de règlement. Après un an de procédure, je pense que le dossier suit son cours normal.

Parce qu’un dossier de cette nature, qu’il soit bouclé en un an, me paraît raisonnable. De ce point de vue, je pense que nous sommes satisfaits de la prise en charge, en tout cas sur le plan judiciaire du dossier, même s’il y a eu des péripéties, des choses qui nous ont obligés à des orientations, et nous ont obligés à prendre un certain nombre de mesures pour éviter d’avoir le syndrome de l’affaire Balla Gaye (NDLR : un autre étudiant qui a été tué en 2001, lors d’une manifestation de revendication des bourses). Qu’il y ait un crime sans procès, qu’il y ait un procès sans coupable. En tout cas, jusqu’à ce jour, dans l’attente de l’ordonnance du règlement des doyens des juges, nous pouvons dire que nous sommes plus ou moins satisfaits du déroulement.

Avez-vous noté une volonté politique pour faire la lumière sur cette affaire ?

C’est difficile de se prononcer à ce niveau, parce qu’il y a des éléments qui militent et qui peuvent nous pousser à penser qu’il y a une volonté politique. Evidemment les derniers paramètres, ce sont les déclarations du président de la République et du ministre de la Justice Garde des Sceaux. Même si ces déclarations sont contestables, du point de vue du droit et de la présomption d’innocence. Je pense qu’il est difficile d’annoncer un procès, alors que le juge n’a même pas encore renvoyé. Et il y a possibilité en droit que les juges ne renvoient personne et qu’il y ait un non-lieu total.

Donc, c’est anticipé sur la décision d’un juge pour dire qu’il y aura procès, tant que le juge n’aura pas évidemment pris une ordonnance de renvoi du point de vue de l’orthodoxie judiciaire. Evidemment, cela ne se conçoit pas dans un Etat de droit. On comprend également que la pression a été telle qu’il y a eu une volonté politique de rassurer, de dire que l’autorité politique veille à ce qu’il y ait procès. Si on se met sous cet angle, on peut dire qu’il y a volonté politique.

De l’autre côté aussi, nous avons les orientations du procureur de la République qui semble aller dans un seul sens. La piste Tombong Oualy est là. Le parquet est dans sa démarche, depuis le début de la procédure avec son réquisitoire primitif, avec ses réquisitoires finals. Ce qui ne rassure pas du tout du côté de la famille, parce qu’on pense qu’on ne peut pas ignorer un certain nombre de témoignages très fiables et très objectifs qui nous permettent d’explorer cumulativement au moins d’autres pistes. Nous ne disons pas qu’il ne faut pas aller dans le sens de Tombong Oualy, mais nous pensons qu’il y a d’autres éléments objectifs qui peuvent cumulativement envisager d’autres pistes de manière à ce que l’éclatement de la lumière soit le plus large. Il ne faut pas simplement se focaliser sur une piste et ignorer des témoignages concordants, si l’on sait que le parquet use sous la coupe du ministre de la Justice lequel est sous l’autorité politique supérieure. On a raison de penser que la volonté politique n’est pas entière, que cela peut laisser paraître, à travers un certain nombre de déclarations.

Vous êtes donc inquiet du fait que les témoignages de Sette Diagne soient ignorés ?

C’est là où on est un peu dubitatif. Parce qu’on pense que si le souci de tout le monde est de faire en sorte que la lumière éclate, aussi bien l’autorité politique, la communauté universitaire et le peuple dans sa diversité, cette affaire a tellement troublé l’ordre public national que tout le monde a intérêt à ce que cette affaire soit éclaircie.

Qu’on sache ce qui s’est passé réellement pour la postérité, pour la visibilité du milieu universitaire et également pour qu’au territoire de la mémoire, que cela ne se reproduise plus. Si ce souci est partagé, on n’a pas intérêt à élaguer un certain nombre de pistes qui peuvent aboutir à la manifestation de cette vérité. Parce que, quand on a des témoins oculaires qui disent que nous avons vu la personne tirer, on ne peut pas ignorer de tels témoignages, si on est soucieux de la vérité. C’est ce qui nous fait penser que certaines orientations ne sont pas dans une perspective de faire en sorte que toute la lumière éclate dans cette affaire. On doit faire en sorte qu’on aille en jugement avec toutes les éventualités et toutes les pistes. Il ne faut pas se focaliser sur une thèse et évacuer les autres, alors que les juges ont la latitude de pouvoir asseoir leur conviction sur la base de ces témoignages.

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