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Babacar Mboup : « TUEZ » LE PR SERIGNE DIOP, MAIS DE GRÂCE, NE LE DESHONOREZ PAS !

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(Pour immortaliser les enseignements de mes Maîtres à l’UCAD et rendre hommage au Ministre Thérèse Coumba DIOP)

C’est avec empressement que nous nous sommes intéressés à  la sortie du Professeur Ibrahima Madior FALL  donnant son « avis sur l’avis du Pr Serigne DIOP », du fait de la carrure intellectuelle et de l’aura personnelle de ces deux  sommités du « Droit Constitutionnel », même si l’on sait que la question de la « Constitution » ne saurait se réduire à cette spécialité. Mais, il faut d’emblée dire que plus on avançait dans la lecture, plus la déception et  l’amertume prenaient le dessus sur nos légitimes attentes. Certes, comme une duplication de la formule « que nul n’entre ici, s’il n’est géomètre », le Conseiller du Président a mis en avant des  garde-fous pour imposer le silence aux non-initiés à la divine science dont il serait le dépositaire, et pourquoi pas le dernier des Mohicans.

Mais Diantre, que devrons-nous alors faire dans cette galère, nous qui formons le bataillon des plus grands profanes en matière de « Droit » ? C’est que Sagesse nous instruit à savoir raison gardée et que le bon sens demeure la chose la plus partagée, sinon le Pr FALL n’aurait pas pris à témoin, plus que « 5 Sages », en l’occurrence un large public de lecteurs. Et quand des fanatisés réagiront par des « ëskëy !», certains, comme nous, seront tentés de livrer au public leurs « notes de lecture » et commentaires, comme, d’autres, le Chef de l’Etat en premier, ont pris la liberté de le faire avec la « Décision n°1/C/2016 du 12 février 2016» du Conseil  constitutionnel.

Et, au vu de la richesse du texte, nous avons été, dans un souci d’exhaustivité, mais aussi de rigueur, aussi long, sinon plus que lui, tout en essayant d’agrémenter la lecture afin qu’elle ne soit ni ennuyeuse et encore  moins fastidieuse.  Ainsi, nous avons,  en plus, des ressources intellectuellespartagées,  puisé dans celles véhiculées par le « langage courant»,  afin de pouvoir légitimer, par la performance, tel qu’il le dit souvent, nos « titre et fonction » qui nous autorisent à parler sur une problématique qui leur est rattachée. Et pour le suivre dans l’étalage de la signature, à défaut de références multiples,  nous en avons fait recours à une « seule», telle qu’étirée dans une correspondance officielle nous concernant, certainement pour qu’il n’y ait aucune confusion possible sur notre  identité et pour évoquer de supposées connexions.

  1. ELEMENTS PREJUDICIELS

En fait, sans avoir fait du « Droit »,  on nous a appris, comme à la plupart des sénégalais,  à être « droit » par le bon chemin et la vérité, à partir de sources diversifiées comme la « fatiha », « al  baqara »  et tout  ce qui s’en suit  jusqu’aux « khasayit » de Serigne Touba  comme « al qàdi » et en passant par la célèbre « salatulfatiha ».  Et, voilà les bases de notre « sens commun », la matrice « consolidante » de nos « opinions » qui peuvent, ainsi, se révéler plus fermes que les « certitudes d’experts » soumises, au gré des circonstances, à des « évolutions sémantico-juridiques » ! Il s’avère de plus en plus que le nouvel opium du peuple a fini de s’enrober d’une couche scientifique, sous les apparats de l’ingénierie et de l’expertise de sorte que le réarmement éthique soit devenu un impératif catégorique pour tous ceux qui ont encore fois aux Valeurs.

En visionnaire, le  Pr Sémou Pathé » GUEYE (RTA) avait sonné l’alerte, en convoquant Jean François Lyotard sur cette réalité de la mondialisation en cours, où l’inversion de certaines valeurs accompagne le développement prodigieux des sciences et de la Technologie : « dans le discours des bailleurs de fonds d’aujourd’hui, le seul enjeu crédible, c’est la puissance. On n’achète pas des savants pour savoir la vérité, mais pour accroître la puissance. » Et l’auteur ajoutait que les institutions scolaires et académiques  « sont désormais sollicitées pour former des compétences et non des idéaux. La transmission des savoirs n’apparaît plus comme destinée à former une élite capable de guider la Nation dans son ensemble, elle fournit au système les joueurs capables d’assurer convenablement leur rôle au poste pragmatique dont les institutions ont besoin. »

Et je me plairais,également, de convoquer, dans la nécessaire opération de démythification/ démystification de toute nouvelle forme d’idolâtrie,  la  position dégagée par Baye LakhadMbacké (3ème Khalife de Bamba) face aux « élitistes » qui auraient tendance à se glorifier, aux yeux des masses croyantes,  de passer leurs nuits « entre Arass et koursiyou »,  autrement, dans l’antichambre du Siège du Trône divin : « certes, leur disait-il, mais quand le jour se lève,  aucune influence extérieure n’est nécessaire pour vous faire « revenir sur terre », obligés, que vous êtes, de vous présenter à nous, sous notre commune forme humaine ! » Autrement dit, la science et l’expertise, comme toutes les savantes et ésotériques connaissances,  n’ont de sens pour le peuple qu’à travers ses propres critères d’appréciation et d’assimilation et qu’il les évalue en fonction de ses propres attentes et aspirations. Et que, même les prophètes, dépositaires d’une « parole divine », ont été obligés d’emprunter le « langage courant » de leur peuple pour diffuser le Message.

Et, pour ce qui est des rapports que le Pr IsmaïlaMadior FALL entretient avec celui qui a « contribué à sa formation »,  à la place du « respect »,  un « irrespect » au sens nietzschéen  ne nous aurait point choqué, tout au  contraire :  « … ce n’est que lorsque vous m’aurez tous renié que je reviendrai parmi vous » disait Zarathoustra à ses disciples, s’il ne lançait carrément pas cette invite : « on a peu de reconnaissance pour un maître, quand on ne reste toujours qu’élève. Et pourquoi ne voulez-vous pas déchirer ma couronne ? ».  Mais, si un tel parricide est désiré, voire suscité, faudrait-il que ce soit par le biais d’armes conventionnelles, et non par des coups de Jarnac !

En effet, et à notre humble avis, la démarche du Ministre Conseiller est très surprenante pour avoir  profité d’une sortie médiatique du Pr Serigne DIOP et de s’en prendre à lui, d’autant plus que ce dernier n’avançait rien de nouveau  par rapport à toutes les publications, voire les interpellations directes sur le sujet, à savoir : suite à sa requête, le Président a reçu, du Conseil Constitutionnel, un Avis consultatif qui,  en vertu de l’Article 51 de la Constitution, n’a pas un caractère contraignant. Donc, le Pr DIOP pouvait être épargné d’une publicité qui a fini de prendre l’allure d’un mauvais procès, avec des rappels à l’ordre et de notions que même les non-initiés en Droit ont fini de maîtriser dans ce Sénégal de Senghor et de Cheikh Anta DIOP, ouvert au savoir et à la culture.

Mais, en réalité, la référence au Pr DIOP trouve son intérêt plus dans ses « rang et grade académiques » devant légitimer une prise de parole qui a vite viré à une large opération de communication.   Et, de ce point de vue, deux contrastes majeurs méritent d’être soulignés:

  • On s’autosaisit avec un long texte comme « réplique » à  une courte séquence orale d’une interview de 1 mn 39 s!
  • On prétend instaurer un « dialogue académique » avec un « spécialiste » tout en ciblant le large public de profanes  que nous sommes l

Ce qui heurte davantage nos consciences, c’est le fait que le combat soit engagé au nom de la « rigueur scientifique » face à un supposé adversaire qui n’évoluait pas dans le même registre. Et, pourtant, il lui sera reproché qu’ici, « ce serait au singulier et non au pluriel », non sans avoir écarté la référence à la Loi Organique, comme le souligne M. Abdoulaye GUEYE  confirmant les propos du Pr DIOP sur la pluralité des Avis. On a eu droit aussi à du : « dit ainsi, cela manque de rigueur » !  Peut-on douter du fait que le Pr Serigne DIOP ne soit pas conscient de tout cela ? Par la refonte curriculaire, avec l’approche par les compétences, même  les élèves de l’élémentaire savent distinguer les différents niveaux de langage requis en situation de communication et qu’ils apprennent à surfer entre les registres soutenus et familiers du parler. En effet, il est facile, après avoir décontextualisé des propos, d’évoquer un mélange de genre de ce type.

Et pourtant, le Pr FALL va lui-même reconnaître que « ceci peut se concevoir dans le langage courant, mais pas lorsqu’on est sur le registre scientifique ».  Dès lors, autant le comprendre ainsi et s’abstenir d’attaques devenues sans  objet, inappropriées et disproportionnées, à moins qu’elles n’obéissent à un projet diffus et occulte. Et on peut constater que l’essentiel du texte, dans ses formules, ses figures de style, relève plutôt d’un « monologue », si ce ne sont des allusions qui font penser à des contradicteurs « indignes » d’être cités  et dont les propos récemment exposés se retrouvent en filigrane dans le texte du Pr FALL.  Le recours au Pr DIOP semble, ainsi répondre à des préoccupations plus stratégiques que « rigoureusement » scientifiques, pour quelqu’un qui n’a pas envie de descendre de son piédestal, tout en voulant être admiré, voire adulé par le public.

Babacar MBOUP

Ancien « Directeur de Cabinet du Ministre chargé des Relations avec les Institutions dans le gouvernement du Premier Ministre Souleymane Ndéné NDIAYE »

bmboup2002@yahoo.fr

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