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Bancarisation au Sénégal: Un secteur informel hésitant

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Le nombre important de banques au Sénégal est une réalité. Paradoxalement, un faible taux de bancarisation est de mise, surtout avec les acteurs économiques du secteur non formalisé. Faire adhérer ces opérateurs ne sera pas facile.

Au cœur de Sandaga, marché historique niché au cœur de Dakar, se trouve une partie appelée ‘’ruxxu disquettes’’, pour la vente singulière de produits féminins. Ici, Assane Cissé tient sa petite cantine de prêt-à-porter. Son périmètre est restreint. Et pour interpeller les clients qui passent, il est obligé de prendre place juste devant sa boutique. Suçant lentement un sachet de jus qu’il tient à la main, il interrompt de temps en temps sa dégustation pour attirer les jeunes filles qui passent. ‘’Aïda rafet, viens jeter un coup d’œil, j’ai un pantalon qui serait extraordinaire pour toi. Prends juste la peine de venir’’, répète-t-il avec insistance à une femme qui passe.

Aussitôt devant sa cantine, il laisse voir un sourire nacré, s’empressant d’exhiber son nouvel arrivage. Son euphorie vire très vite au découragement lorsque les interrogations commencent à tomber. A la question de savoir s’il a ouvert un compte bancaire pour y mettre son argent, il rétorque, sourire aux lèvres : ‘‘Je n’ai pas d’argent nécessitant un compte bancaire. Je ne suis pas millionnaire. Ce que je gagne, je peux le garder moi-même.’’ Assane Cissé est loin de s’adonner à une blague. Même s’il connaît les banques, il juge que ce sont des structures pour lesquelles il ‘‘ne trouve aucun intérêt’’.

A l’image d’Assane Cissé, nombreux sont les Sénégalais, évoluant dans le secteur informel, qui n’adhèrent pas à la bancarisation, pour diverses raisons. ‘‘Nous ne nous intéressons pas à ces banques dont vous parlez. Je pense qu’elles sont là pour leurs propres intérêts et que ce ne sont que les gros portefeuilles qui les importent’’, explique Mame Cheikh Guèye, cordonnier à la Médina. ‘‘Déjà, la différence de traitement est flagrante lorsqu’on s’y rend. Moi, j’y vais parfois pour récupérer de l’argent que m’envoie mon frère établi en Italie mais, vous voyez toujours des gens qui se plaignent’’, poursuit-il.

Les banques sont dans les différents points stratégiques de la capitale. Pour ratisser large, certaines d’entre elles élargissent leurs tentacules jusque dans les régions. Pourtant, ces acteurs du secteur informel ne sont pas les seuls à avoir une conception très étriquée des banques. Informaticien de profession, ce jeune homme avoue que les seuls rapports qu’il entretient avec les institutions financières, ‘‘c’est le retrait de chèques’’. Une assez faible bancarisation des populations qui porte un net coup sur le rôle des banques.

Défini comme l’ensemble des établissements de crédit implantés dans un pays et qui sont responsables de la quantité de monnaie en circulation, le système bancaire n’est pas assimilé par une bonne partie de la population active. D’où le faible taux de bancarisation noté chez les acteurs du secteur informel. ‘‘C’est pourtant une frange de la société qui participe activement à notre économie. Ils ne sont pas négligeables’’, signale ce comptable. Mieux, il pousse son analyse plus loin pour affirmer que ‘‘le système bancaire aurait un véritable impact positif sur notre économie s’il avait enrôlé davantage ces acteurs de l’informel dans leur processus.

Que les banques accèdent non seulement à la circulation de cette monnaie mais, qu’elles puissent aussi leur faire des crédits comme c’est possible pour d’autres’’. Surtout qu’un rapport de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (Ansd) sur le secteur informel avait révélé que le secteur informel non agricole avait produit 4 336 milliards de F CFA en 2010, soit 39,8 % de la production, ce qui représente 41,6% du PIB. ‘‘Ils pensent que si on n’est pas instruit, on ne peut pas traiter avec ces institutions. Et pour certains de mes parents baol-baol, s’aventurer dans des choses auxquelles on ne comprend rien, surtout en matière d’argent, c’est impensable’’, raille un banquier de la place.

Un cadre réglementaire strict

Le secteur bancaire comme dans les autres pays du monde est bel et bien réglementé. Pour plus de clarté sur l’installation de ces institutions financières au Sénégal, nous portons un regard sur certaines dispositions de la Loi n°2008-26 du 28 juillet 2008 portant règlementation bancaire.

Les banques poussent comme des champignons sur la place dakaroise. Avec l’annonce de l’arrivée d’une nouvelle banque dont le promoteur n’est personne d’autre que le célèbre Baba Diaw d’Itoc, certains s’interrogent sur l’existence d’un cadre réglementaire pour lesdites institutions. En effet, selon la Loi n°2008-26 du 28 juillet 2008 portant règlementation bancaire, le capital social des banques ayant leur siège social au Sénégal ne peut être inférieur au montant minimal fixé par le Conseil des Ministres de l’Union économique et monétaire ouest africaine (Uemoa). Un montant qui est actuellement fixé à 5 milliards de francs CFA pour les banques et 1 milliard pour les établissements financiers. Toutefois, sur proposition du Conseil de l’Uemoa, ces sommes devraient doubler à partir du 1er juillet 2017, passant respectivement à 10 milliards et 3 milliards de francs CFA.

Sur un autre point, il faut préciser que les banques sont constituées sous forme de sociétés anonymes (Sa), à capital fixe ou, par autorisation spéciale du ministre chargé des Finances, donnée après avis conforme de la Commission bancaire, sous la forme de sociétés coopératives ou mutualistes à capital variable.

Concernant les demandes d’agrément, elles sont adressées au ministre des Finances et déposées auprès de la Banque centrale qui les instruit. Celle-ci vérifie si les personnes morales qui demandent l’agrément satisfont aux conditions et obligations prévues par les lois en vigueur.

La Banque Centrale examine notamment le programme d’activités de cette entreprise et les moyens techniques et financiers qu’elle prévoit de mettre en œuvre, ainsi que son plan de développement du réseau de succursales, d’agences ou de guichets, à l’échelle nationale et communautaire. Elle apprécie également l’aptitude de l’entreprise requérante à réaliser ses objectifs de développement, dans des conditions compatibles avec le bon fonctionnement du système bancaire et une protection suffisante de la clientèle.

Ensuite, l’agrément est prononcé par arrêté du ministre des Finances, après avis conforme de la Commission bancaire de l’Uemoa, ci-après dénommée la commission bancaire. S’il n’est pas prononcé dans un délai de 6 mois à compter de la réception de la demande par la Banque Centrale, cela est assimilé à un refus.

Un établissement de crédit ayant obtenu l’agrément dans un Etat membre de l’Uemoa et qui désire ouvrir dans un ou plusieurs autres Etats membres des succursales et/ou filiales qui bénéficieraient de cet agrément doit, préalablement à l’ouverture desdites succursales et/ou filiales, notifier son intention sous forme de déclaration. La déclaration d’intention est adressée à la commission bancaire et déposée auprès de la Banque Centrale qui donne un avis favorable ou défavorable après instruction.

Le retrait d’agrément, à la demande de l’établissement de crédit intéressé ou lorsqu’il est constaté que ledit établissement de crédit n’exerce aucune activité depuis au moins 1 an, est prononcé par arrêté du ministre chargé des Finances, après avis conforme de la Commission bancaire.

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