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Hommage : Les « Cheikh » bâtisseurs

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Si le chanteur sénégalais Ndiaga Mbaye était toujours en vie, nous lui dirions de nous chanter les vertus des 3 « Cheikh » comme il l’a fait avec les 3 « Abdou » : Cheikh Anta Diop, Cheikh Mbacké « Gaïndé Fatma » et Cheikh Tidiane Sy.

Beaucoup de points communs entre ces 3 « cheikh ».
Ils sont tous issus de familles maraboutiques. Cheikh Anta Diop et Cheikh Tidiane Sy sont nés le même jour : un 29 décembre. Cheikh Mbacké Gaïndé Fatma et Cheikh Tidiane Sy ont tiré leur révérence durant un mois de mars. Cheikh Anta Diop est « parti » un mois avant.

Cheikh Mbacké Gaïndé Fatma est cousin à Cheikh Anta Diop. Quand celui-ci passa de durs moments à l’Université de Dakar, n’ayant qu’un maigre salaire d’assistant, Cheikh Mbacké Gaïndé Fatma lui vint en aide financièrement et moralement. Le fils aîné de Cheikh Anta Diop porte d’ailleurs son nom.

Tous les 3 « Cheikh » étaient idéologiquement opposés à Senghor dont la politique était perçue comme dangereuse pour le Sénégal. Cheikh Anta Diop et Cheikh Tidiane Sy furent d’ailleurs emprisonnés pour cette opposition.

Cheikh Tidiane Sy et Cheikh Mbacké Gaïndé Fatma portent les noms des « fondateurs » : Cheikh Ahmad Tijân et Cheikh Ahmadou Bamba.

Serigne Abdoul Aziz Sy Dabakh a fait des éloges sur les qualités de Cheikh Tidiane Sy et de Cheikh Mbacké Gaïndé Fatma.

Cheikh Tidiane Sy et Cheikh Mbacké Gaïndé Fatma étaient économiquement engagés. Industriels, ils créèrent le premier syndicat agricole du Sénégal. Ils furent tous les deux de grands érudits, ayant puisé à plusieurs sources. Ils apprirent le français et voyagèrent dans plusieurs pays du monde. Cheikh Anta Diop, grand érudit lui aussi, était idéologiquement engagé sur le plan économique. Il a beaucoup réfléchi sur les « fondements économiques » d’une Afrique maîtresse de son destin.

Cheikh Tidiane Sy et Cheikh Mbacké Gaïndé Fatma mirent sur pied des associations et fondèrent des écoles. Ils n’œuvraient pas pour une « chapelle » donnée. Ils étaient sénégalais et panafricanistes.

Les 3 « Cheikh » se sont tous battus contre les particularismes qui enferment. Cheikh Mbacké Gaïndé Fatma ne mit jamais de l’avant son ascendance royale. Il donna plusieurs dizaines de bourses d’études à des Sénégalais sans égard à leur origine ethnique ou régionale.

Cheikh Tidiane Sy, parlant de l’inanité des appartenances qui enferment, disait qu’il n’était ni Wolof ni Toucouleur encore moins Sereer. Mon père, disait-il, est un Sy, sa mère une Ndiaye, ma mère est une Kane, sa grand-mère une Diouf, son arrière grand mère une Khouma.

Cheikh Anta Diop a beaucoup écrit sur les ethnies et les castes et sur les problèmes qu’elles posaient en Afrique. Il nous disait que la vanité d’être Walaf, Toucouleur, Bambara, etc., doit faire place à la fierté d’être Africain, tant il est vrai que ces cloisons ethniques n’existent que par notre ignorance. L’Africain doit selon lui mettre de l’avant sa parenté continentale et humaine.

Enfin, si on peut parler de multipartisme au Sénégal, c’est grâce en grande partie au combat des 3 « Cheikh ». Cheikh Mbacké Gaïndé Fatma a travaillé avec beaucoup de leaders de l’opposition et a contribué à la formation du PDS. Cheikh Tidiane Sy créa le Parti de la solidarité sénégalaise (PSS) qui s’opposa à Senghor. L’engagement politique de Cheikh Anta Diop pour un Sénégal et une Afrique libres et prospères est connue.

Dans le travail de constitution d’un Sénégal et d’une Afrique réconciliés avec eux-mêmes, l’oeuvre des 3 « Cheikh » est incontournable.

Cette oeuvre devrait d’ailleurs être enseignée aux jeunes générations en perte de repères.
Vivement un ouvrage de vulgarisation de cette oeuvre grandiose.

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