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La récidive au Sénégal : Y-a-t-il un lien entre la délinquance en hausse et les grâces accordées en période de pandémie ?

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Le Chef de l’État a souvent eu recours, en pleine pandémie, à des mesures de grâce, accordant à des détenus « une remise gracieuse du reliquat de leur peine d’emprisonnement », qui « met fin immédiatement à la détention ». Toutefois, certains n’ont pas profité de l’opportunité qui s’est présentée à eux. Ils ont récidivé en commettant d’autres délits ou crimes. N’y a-t-il un lien entre la délinquance en hausse et les grâces accordées en période de pandémie ? L’argument est pourtant récurrent…

Au Sénégal, plusieurs centaines de détenus ont été libérés, ces derniers mois, dans le cadre d’une grâce présidentielle destinée à « désengorger » les prisons. En effet, des prisonniers de droit commun ont été libérés dans tous les établissements carcéraux du pays à titre gracieux, en veille de fête, mais aussi en raison de la pandémie de coronavirus.

« L’idée était de désengorger les prisons pour éviter la propagation de la Covid-19 en milieu carcéral. La grâce a été considérée comme un outil de politique pénale », a fait savoir Mandiaye Niang, procureur général près de la Cour d’appel de Saint-Louis.

Joint par téléphone, ce dernier, par ailleurs ancien Directeur des affaires criminelles et des grâces, renseigne sur la procédure d’octroi de la grâce. Pour la grâce des condamnés, les directeurs de prison sont chargés d’identifier une poignée de prisonniers au « mérite particulier », explique Mandiaye Niang.

Selon lui, l’Administration pénitentiaire est appelée à confectionner une liste, sous la direction de ce que l’on appelle la CP-CAP (Commission pénitentiaire consultative de l’aménagement des peines).

« La commission, qui regroupe des représentants de l’Administration pénitentiaire, du parquet et du ministère, prépare une liste de détenus à gracier. Et puis enfin, la liste est soumise au Garde des Sceaux qui prépare le projet de décret », a-t-il assuré.

Le magistrat indique que seul le président de la République dispose d’un droit de grâce. « Elle est une prérogative personnelle du chef de l’État », a-t-il expliqué.

En principe, « les criminels, les personnes condamnées pour des affaires de mœurs et les récidivistes » ne pourront pas être concernés. Seuls les détenus qui entrent dans les critères peuvent bénéficier de grâce, si l’on en croit Mandiaye Niang.

« Il y a, par exemple, des détenus âgés de plus de 60 qui ont déjà purgé une peine de plus de dix ans », a-t-il assuré. Il faut noter que pour la grâce, l’accent est ainsi mis sur la réinsertion sociale plutôt que sur l’aspect sanction. La personne peut en bénéficier après avoir purgé une partie de sa peine et sous certaines conditions.

Cependant, certains condamnés, graciés par le président de la République ont récidivé, avant d’être placés en détention provisoire dans d’autres dossiers, a appris Dakaractu de source judiciaire. Alors qu’ils étaient en liberté depuis quelques mois, ils ont remis ça en commettant d’autres délits ou crimes.

C’est le cas de A. Dème dont la liberté aura été de courte durée. Le jeune homme, gracié le 4 avril dernier, par le président de la République, puis arrêté par la police de Mbacké, est retourné en prison « préventivement » pour une affaire de vol de téléphone portable.

Et, les exemples sont nombreux autant que révélateurs. Les sénégalais ont encore en tête le meurtre du commandant Tamsir Sané qui a été tué lors d’une intervention à la Brigade de Koumpentoum. L’un des accusés Idrissa Sow alias « Peulh Bou Rafet », aurait auparavant bénéficié de grâce présidentielle.

Cela témoigne-t-il d’un échec de la politique de réinsertion sociale pour certains détenus ? Toujours est-il qu’une attention particulière devrait également être portée aux limiers et pandores qu’il faudrait impliquer dans le processus. D’aucuns en sont persuadés. En tout état de cause, la police et la gendarmerie pourraient avoir un avis dans la procédure d’octroi de la grâce.

D’autant que « certains détenus graciés s’étaient déjà signalés à la police, précédemment, par des délits mineurs », renseigne un limier. La prison étant forcément criminogène, elle favorise la récidive.

Au Sénégal, les aménagements de peine sont parfois peu efficaces contre la récidive. Les auteurs présumés de l’attaque de la base de l’usine chinoise China International Water And Electric Corporation (Cwe) et de la série de braquages dans les environs de Sandiara et Sindian seraient récidivistes.

Mieux, il a été démontré que des détenus poursuivis pour crimes ou délits graves ont pu bénéficier de grâce présidentielle. « C’est déjà arrivé », nous apprend-on.

Or, il a été dit que la grâce est accordée une fois que la procédure est finie. « Mais, l’Administration pénitentiaire peut ne pas être au courant d’une procédure d’appel introduite », renseigne-t-on.

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