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Le Pr Ibrahima Thioub relève des « limites » dans la révolution du Fouta en 1776

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La révolution du Fouta en 1776 n’a pas pu s’étendre à d’autres monarchies et « l’utopie égalitariste » des leaders de cette révolution a finalement laissé place à un système de castes dans la région, a relevé, mardi à Dakar, le recteur de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), le professeur Ibrahima Thioub.
« Après son accession au pouvoir, le parti Torodo (un parti musulman impulsé par Ceerno Sileymaani Baal, le leader de cette révolution) a cherché en vain à s’étendre aux monarchies Wolof, du Cayor, du Bayol », a rappelé le Pr Thioub en marge d’un symposium dans le cadre de la célébration des 240 ans de la révolution du Fouta.
Le recteur de l’UCAD a expliqué cet échec de la révolution du Fouta à s’exporter par le fait que « ces monarchies restaient encore connectées à l’Atlantique et étaient très puissantes ».
« La révolution a échoué à s’exporter avec la défaite Boungoye (dans le Bayol actuel) où l’Almamy (chef de guerre musulman) est fait prisonnier au Cayor », a-t-il expliqué, ajoutant que « l’Etat du Cayor avait réussi à intégrer des clercs musulmans dans son pouvoir, ce qui élargissait sa base sociale et empêchait la révolution de s’y exercer ».
Le parti Torodo avait recruté ses membres dans toutes les parties de la société du Fouta, sans distinction ethnique ou sociale, mais sur la seule base de l’Islam.
« Mais une fois le pouvoir conquis, le parti Torodo qui était ouvert vers une dynamique égalitariste, va s’enfermer et se transformer en caste pour se mettre au-dessus de la société du Fouta », fait savoir le Pr Ibrahima Thioub, par ailleurs historien.
Selon lui, il s’agit d’ »une limite par rapport à l’utopie égalitariste » prônée par Ceerno Sileymaani Baal et par le parti Torodo.
« Les castes ont été maintenues, l’esclavage n’a pas été abolie. On a (plutôt) aboli la traite des esclaves car les bateaux ne pouvaient plus passer par le Fouta pour emmener des esclaves musulmans à Saint-Louis pour être exportés en Amérique mais l’esclavage interne à la société Foutanké elle-même n’a pas été abolie », a-t-il relevé.
« On a encore des séquelles dans la société Pulaar d’aujourd’hui parce qu’on n’a pas mené jusqu’au bout l’utopie égalitariste qui était portée par les Torodo au départ, un parti ouvert qui s’est transformé en caste », a regretté l’historien.

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