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Mariam Doumbia se confie en exclusivité dans « Parole de femmes »

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« Parole de femmes » reçoit Mariam Doumbia. Une interview rare et exclusive de l’artiste malienne de renommée internationale qui revient sur le fait d’être femme, non-voyante, artiste et africaine.

Pourquoi avoir choisi la chanson ? Si vous n’aviez pas chanté, qu’auriez-vous fait ? 

Parce que quand j’étais petite j’écoutais la chanson beaucoup, ça me plaisait beaucoup. J’aurais soigné des gens, travaillé dans la santé. J’aime beaucoup la santé.
Comment avez-vous fait pour devenir célèbre ? 
J’ai pris le courage. J’ai été patiente. Pour la musique, il faut beaucoup de patience.
Vous êtes rares sur les podiums ces derniers temps. Pourquoi ? 
On est en train de préparer un autre album. C’est pour cela que nous sommes cachés. On a déjà fait les maquettes, il ne reste que le passage en studio.
Pourquoi faites-vous moins de duos ces temps-ci ? 
Quand on prépare un album, on est rare. Il faut composer, faire les répétitions. C’est pour ça qu’on fait moins de duos.
Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées au cours de votre carrière ? 
Il n’y avait pas de studios d’enregistrement au Mali. Ni de producteurs, ni de distributeurs. Mais cela reste très difficile de vivre pour les artistes. Les cassettes et les CD se vendent mal, il y a beaucoup de piratage.
Combien vous avez d’enfants, et que deviennent-ils ? 
Nous avons trois enfants, deux garçons et une fille. Le premier s’occupe de nous. Le deuxième fait le rap, il chante et il joue de la guitare. IEn ce moment, on est tous au Mali. Ma fille a fait l’école de journalisme.
Est ce que vous croyez en Dieu ? 
Ah oui je crois en dieu. Je suis musulmane 100%
Est-ce que votre manager est honnête avec vous ? 
Pour le moment ça va, il n’y a pas de problème, on peut dire comme ça.

Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi Mariam Doumbia est surnommée « Maman Africa » par certains, adulée par d’autres d’un simple « je vous aime », « vous êtes la fierté de la musique du monde » car comme la chanteuse l’affirme elle-même, « Quand j’étais petite, on m’appelait Madame Coquette. Amadou est content, on lui dit souvent que je suis belle ».

Vous l’aurez compris, c’est bien entendu Mariam du duo Amadou & Mariam dont il s’agit. Mais c’est aujourd’hui la femme, Mariam, qui prend la parole en ce début d’année, l’occasion de nous entraîner vers les difficultés de son passé, son quotidien auprès de son époux et collaborateur, sa carrière et sa vie de femme.

Pour ce qui est de 2015, Mariam parle tout d’abord de la sortie de son prochain album. « On a enregistré les maquettes en France et ici au Mali. On sera aussi au festival de Ségou et au festival du Niger, Inch’allah ! »

Pour le Mali, son pays, Mariam souhaite que 2015 apporte « la paix surtout, que les gens travaillent main dans la main pour que la paix puisse revenir ».

Malgré une discographie impressionnante, on retient notamment des collaborations avec Stevie Wonder, Manu Chao, Tinariwen, Alicia Keys, Tiken Jah Fakoly, Santigold pour n’en citer que certains… et des premières parties pour des artistes tels que Blur, Shakira, U2, Coldplay, etc… Mariam a fait tout cela avec simplicité et le naturel. Elle pense d’ailleurs « qu’un artiste doit respecter tout le monde. La simplicité, c’est important. Il faut du courage et de la patience. Quand quelqu’un veut jouer avec nous, souvent, ça se passe pendant les festivals. On ne refuse pas. On aime jouer avec tout le monde ».

Au cours de sa carrière, quelques personnes ont tout de même impressionné Mariam. C’est le cas notamment de Mme Houphouët-Boigny, la femme Félix Houphouët-Boigny, premier président de la Côte d’Ivoire, qui s’est distinguée pendant de nombreuses années à la tête de son association de bienfaisance. « Quand on était à Abidjan, Madame Houphouët-Boigny était la marraine d’un concert. Stevie Wonder est entré là où on était, et nous, on a commencé à chanter. Et Stevie Wonder a pris son piano et il nous a accompagnés. J’étais très étonnée ».Les influences de Mariam sont variées, mais elle aime surtout la variété française. En effet, Sheila, Sylvie Vartan, Dalida ont baignée sa jeunesse. « On me surnommait Sheila à l’école », ajoute-t-elle, avec beaucoup d’émotion dans la voix.

La rencontre

« Quand j’ai commencé l’institut des jeunes aveugles pour apprendre le braille, à l’époque je chantais dans les mariages, les événements. Puis je suis allée à l’institut et j’ai commencé à donner des cours de chant et de danse. C’est là que j’ai connu Amadou. A l’époque, déjà, il était connu. On me l’a présenté. Ensuite, il m’a appelée pour me dire qu’il veut m’épouser. On l’a dit aux parents. Certains étaient contre. Deux aveugles, se marier, cela paraît difficile. A l’époque, ils ne considéraient pas beaucoup les aveugles. Mais on a lutté. On a continué à faire des concerts, jusqu’à ce que les gens disent : s’ils se marient, ça fera un beau couple ».

Une histoire d’amour

« C’est lui qui est venu me dire que ma voix lui plaisait. Moi aussi, c’est sa façon de jouer la guitare qui me plaisait beaucoup. C’est sa musique qui m’a séduite ».

C’est la musique d’Amadou qui continue de séduire Mariam. D’ailleurs, elle reconnaît que « la communication c’est très important dans un foyer. On se parle tout le temps ».

Et outre, Mariam considère que travailler en couple n’est pas un problème. « Au contraire. On s’arrange et on s’aide. Moi je compose la nuit, lui c’est le matin de bonne heure. Je lui dis : Amadou, j’ai trouvé cette chanson. Alors je chante. Il prend sa guitare, il m’accompagne, et il dit : enlève ça, ajoute ça. Et inversement. Il n’y a pas de problème ».

Alors que le fait d’être non-voyant peut être percue comme un obstcle par de nombreuses personnes, cela « ne nous dérange pas du tout, au contraire », reconnaît l’artiste.« Quand on est aveugles, on est bien concentrés. Et surtout ça nous a donné le courage. C’est pour cela qu’on est ici aujourd’hui. Quand on est partis à Abidjan, on ne connaissait personne là-bas. On a pris notre courage. On a fait un concert à Abidjan, il n’y avait que deux personnes ! Et en plus, on a oublié la guitare dans un taxi ! Ce jour-là, on était déçus, mais on a pris le courage. Les débuts étaient très difficiles, mais c’est en Côte d’Ivoire qu’on a commencé à être connu. Dans la vie, il y a des hauts et des bas, mais il ne faut jamais perdre le courage »

A la maison

On a parfois l’impression qu’au Mali, certaines femmes sont assez traditionnelles, entre la cuisine, le ménage, les enfants… Mariam, elle reconnaît qu’elle a toujours aimé travailler. « On ne manquait de rien à la maison, mais je lavais le linge, le mien, celui de mes frères et sœurs. J’ai préparé les biberons de mes enfants, j’ai lavé mes enfants ».
Mariam a perdu la vue à l’âge de 5 ans. Elle garde néanmoins quelques souvenirs.
« Je me rappelle qu’on jouait à un jeu, Kofli, ça s’appelait, en chantant au clair de la lune. J’étais la présidente de notre groupe. Notre groupe s’appelait Groupe Noblesse. Jusqu’à présent nous sommes restées amies. Un autre souvenir que j’ai gardé, très fort, c’est mon premier concert au Mali. J’avais une robe bleue. Beaucoup de gens ont jeté l’argent sur moi. Nous étions plein d’aveugles sur scène. Tout le monde pleurait. J’ai chanté cette chanson, pour dire d’arrêter d’indexer les aveugles. Mon père a tellement pleuré, les personnalités qui étaient là pleuraient aussi ».
 
S’il y a une chose à laquelle Mariam excelle, c’est la danse. « Oh là là, oui ! C’est moi qui apprenais aux autres à danser à l’institut des Jeunes aveugles. Je prenais leurs mains, je faisais les mouvements avec leurs mains, leurs pieds. On faisait des ballets, et plein d’autres choses ».
A tous les auditeurs de BBC Afrique,
« Bonne année à tout le monde, qu’elle soit remplie de joie. Longévité, prospérité, santé, la paix dans le monde entier. Merci à tout le monde », Mariam.
Mariam prouve ainsi qu’il est possible, avec courage et patience, d’utiliser son handicap comme une force et sa passion comme une arme de réussite. Plus que la moitié d’un duo, Mariam Doumbia est une femme et une artiste à part entière.

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