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Mémorandum sur la Crise en République Centrafricaine La crise qui sévit actuellement

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Mémorandum sur la Crise en République Centrafricaine La crise qui sévit actuellement.. en Centrafrique prend racines dans la politique coloniale et néocoloniales de la France.

A défaut de prendre en compte ces racines historiques et contemporaines, il est impossible de comprendre les tenants et aboutissants de cette crise, de voir les défis auxquels fait face ce peuple africain meurtri ou d’entrevoir, avec justesse, les perspectives d’avenir pour ce pays en ce début de troisième décennie du troisième millénaire.
I) Le legs colonial de la France
Les frontières actuelles de la République Centrafricaine datent de septembre 1939.
Elles dessinent un territoire artificiellement forgé, faiblement peuplé de groupes humains très divers, parfois réduits en nombre et souvent répartis de part et d’autre des frontières du pays.

De l’indépendance de ce pays à aujourd’hui, sa frontière de l’Est avec le Soudan et le Sud-Soudan n’a existé que sur le papier et est demeurée extrêmement poreuse.

Du reste, les populations sont absentes de cette région frontalière avec les deux Soudan qui se trouve être sans aucun poste frontière, sans aucune délimitation concrète.

La Centrafrique indépendante hérite par ailleurs d’un territoire présentant un fort déséquilibre démographique entre Ouest et Est.
L’Ouest est plus peuplé alors que l’Est est pratiquement vide du fait de la traite et de l’administration coloniale qui a regroupé les villages le long des pistes, réduisant davantage l’espace occupé.

C’est dans ce contexte que les Centrafricains ont dû, à partir de 1960, s’essayer à construire une Nation.

Entrevoyant les difficultés liées à cette œuvre, à l’approche des indépendances, Barthélémy Boganda, qui allait devenir le premier Président de la République centrafricaine, nourrit l’intention de regrouper tous les territoires de l’Afrique Equatoriale Française (AEF) en « États-Unis de l’Afrique latine ».

Trop en avance sur son temps et donc inévitablement inaudible pour la plupart des nouveaux dirigeants africains de l’époque, il ne réussit pas à faire aboutir cette idée panafricaine qui ne subsiste encore que dans le dessin du drapeau centrafricain…

Cependant, la question des frontières n’a pas été le seul défi posé à la jeune République en formation au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale.

Premier bachelier et premier prêtre catholique oubanguien, avant de devenir premier Président de la République centrafricaine, Boganda a voulu « fonder la société oubanguienne » et a marqué l’histoire de la Centrafrique naissante de sa trajectoire personnelle, fulgurante mais tragique.

Le programme en « cinq verbes » du Mouvement de l’évolution sociale de l’Afrique noire (MESAN), parti politique qu’il fonda en 1948, se veut une réponse, point par point, aux manquements d’une colonisation qui, toute consacrée au pillage du territoire, n’a pas su assurer les bases d’un développement minimum du pays : « nourrir, vêtir, soigner, instruire, loger ».

Pour mémoire, notons que dans la nouvelle Constitution française de 1946 qui organise la représentation ’’démocratique’’ des colonies au sein du Parlement français, il avait été créé deux collèges électoraux locaux:
Un premier collège de 10 représentants français et un second de 15 représentants oubanguiens, qui vont élire chacun un député à l’Assemblée nationale à Paris et des représentants au sein d’un Conseil représentatif à Bangui.

Le Conseil représentatif est devenu l’Assemblée territoriale qui devait désigner, pour chaque collège, un représentant au Conseil de la République (Sénat) à Paris, un représentant à l’Assemblée de l’Union française à Versailles et un représentant au Grand Conseil de l’AEF à Brazzaville.

Barthélémy Boganda fut élu député à l’Assemblée Nationale française en 1946 et sera à plusieurs reprises réélu.

En 1952, il se fait élire à l’Assemblée territoriale en même temps que ses partisans du MESAN.
Il eut, dès lors, la majorité et le contrôle des décisions et des nominations et fut ainsi le maître du jeu politique intérieur et extérieur.

Elu Président du « Grand Conseil de l’Afrique Équatoriale Française » (AEF) à Brazzaville le 17 juin 1957, Baganda milita pour l’obtention de l’Indépendance lors du Référendum de Septembre 1958.

L’emblème qui devrait remplacer le drapeau Français, Bleu, Blanc, Rouge, portait une couleur bleue correspondant au Congo et à l’océan qui le berce, une couleur blanche renvoyant au Tchad et à son coton, une couleur verte symbolisant le Gabon et ses forêts, une couleur jaune évoquant l’Oubangui-Chari et ses richesses minières, une couleur rouge correspondant au sang versé par tous les martyrs et enfin une étoile qui était sensée guider les pas du peuple noir vers la liberté et l’émancipation.
La devise du pays, « unité, dignité, travail », composée par Boganda, tout comme le drapeau centrafricain, reflètent et font perdurer la pensée éclairée et visionnaire de celui qui est considéré comme le « Père fondateur » de la nation centrafricaine, et qui proclamait comme principe intangible « Zo Kwe Zo » – « tout homme est un Homme », réclamant par-là le respect que les esclavagistes et les colons n’avaient pas eu à l’égard de la personne des Oubanguiens.
La valeur d’unité était particulièrement présente et riche dans la pensée de Boganda et s’opposait au « diviser pour régner » de la période coloniale.
Elle visait à fonder la Nation, en transcendant les appartenances culturelles et religieuses multiples et incarnait une unité africaine, panafricaine, avant l’heure.
Une affiche de Boganda, datant de 1950 et titrée « La voie du progrès », offre une bonne synthèse des éléments qu’il estimait nécessaires pour la construction du pays, parmi lesquels il faudrait relever le pluralisme des religions. Ne disait-il pas, en l’occurrence que « Pour fonder une société solide et durable, quatre éléments sont indispensables : – l’élément matériel : c’est le travail, l’élément social, c’est le respect de la personne humaine et du bien d’autrui, l’élément intellectuel, c’est l’instruction, -et l’élément moral, c’est la religion catholique, protestante ou musulmane ‘’?
Il ajoutait que « lorsqu’il manque à une société un de ces éléments, elle devient de plus en plus boiteuse, et finit par tomber, et c’est la décadence. »
Une anticipation de ce qui pouvait provoquer la décadence d’une société qui s’est malheureusement concrétisée en RCA et qui s’est donnée à voir, des décennies durant, après sa disparition tragique.
En effet, Baganda mourut dans un accident d’avion le 29 mars 1959, sans avoir eu le temps de mettre en œuvre la transformation en profondeur des sociétés de l’espace oubanguien qu’il appelait de ses vœux.
2) Le legs néocolonial de la France
Ce legs est le produit de deux méthodes différentes d’intervention de la France pour sauvegarder ses intérêts en République Centrafricaine.
Une méthode d’interventions directe pour imposer son homme lige au pouvoir, et une indirecte, par l’intermédiaire du Tchad, d’où sont parties les principales rebellions qui ont endeuillé ce peuple.
a) Méthode d’intervention directe
En 1945, sous l’ère coloniale, la ville blanche, Bangui, était entourée de seize agglomérations « indigènes ».
Il s’agissait de gros villages, réservoirs de main d’œuvre, constitués sur une base ethnique et, pour les musulmans, sur une base religieuse.
A partir de l’indépendance du pays en 1960, il s ‘est développé, rapidement et grâce à une importante migration tchadienne et secondairement soudanaise, un foyer de commerçants, artisans et anciens militaires musulmans ouest-africains occupant le grand quartier du Km5.
C’est ainsi que l’histoire de l’islam en Centrafrique est liée à celle de la ville de Bangui, comme centre administratif et économique de la colonie, tout comme le « Sango » fut, avant tout, la langue parlée dans la capitale.
La dynamique du sango se liait ainsi au développement démographique rapide de la ville de Bangui, les générations nées à Bangui s’éloignant peu à peu de la connaissance et de la pratique des langues régionales.
Cette unité linguistique, ayant grandement contribué à la coexistence pacifique des chrétiens, et des musulmans (qui a longtemps caractérisé la République centrafricaine et dont rêvait Boganda), a été remise en cause progressivement par la violence politique qui a marqué l’histoire de ce peuple depuis le début des années 80, années marquées par les méthodes d’intervention directe.
En effet, pour mettre en œuvre sa politique d’ingérence dans les affaires de la RCA, le 15 août 1960, soit quelques jours après la proclamation de l’indépendance, la France a choisi de signer avec les nouvelles autorités un « accord de défense » qui a été complété en 1966 par un « accord de coopération militaire et technique », centré sur la montée en puissance des Forces armées centrafricaines (FACA) et le renforcement de la Sécurité présidentielle.
Dès lors, la France va faire reposer ses interventions militaires sur cet accord en exploitant « la clause d’assistance en cas d’agression extérieure » que cet accord-, le même qu’elle a signé avec toutes ses ex-colonies devenues indépendantes en 1960-comporte en bonne et due forme.
Indiquons que la République centrafricaine, qui a proclamé son indépendance en 1960, a été gouvernée pendant cinq ans par David Dacko, avant que Jean Bedel Bokassa n’inaugure une tragique tradition de prise de pouvoir violente, le 31 décembre 1965, en le renversant.
Une décennie plus tard, le 1er décembre 1976, Bokassa se donne le titre d’« Empereur », avant d’être éjecté du pouvoir en septembre 1979 par une intervention française avec « l’Opération« Barracuda » au profit de son prédécesseur alors réfugié en France.
C’est ainsi qu’à la faveur de la chute de Bokassa, en septembre 1979, s’est ouverte une période particulièrement éprouvante de l’histoire du pillage et de la violence de la Centrafrique.
En effet, le coup d’Etat de Dacko, épaulé par la France et qui a renversé l’empereur prétendu, a aussi entraîné le pillage des biens de Bokassa et des personnalités de son régime, par la population de Bangui, et des soldats français de « l’Opération Barracuda ».
D’où l’expression « grâce à Dacko », reprise dès lors dans les rues de la capitale qui fut, à la fois, la constatation et la justification d’exactions qui dépassèrent largement la mise à sac des biens de Bokassa…
Depuis, les épisodes de violence armée se sont succédés avec leur cortège de pillages et de massacres.
En effet, le 1er septembre 1981, André Kolingba prend le pouvoir, toujours par la force.
Ensuite, ce furent les opérations « Furet » et « Almandin 1, 2 et 3 », en soutien au Président Patassé menacé par plusieurs mutineries entre 1996 et 1998, et- l’opération « Boali », déclenchée en mars 2003 en soutien au tout nouveau régime de Bozizé.
Aucune de ses crises politiques n’a été le fait de « menaces extérieures », pouvant justifier ces interventions militaires comme le prévoit la « clause d’assistance » de l’accord de coopération entre les deux pays. Elles procèdent plutôt de « menaces internes « contre la stabilité du pouvoir et les intérêts de la France, ce qui les rend totalement illégales du point de vue du droit, même français !
b) Méthodes d’intervention indirecte de la France
Avec l’effondrement de l’URSS et la dislocation du camp socialiste d’Europe de l’Est, la France ne put plus justifier, même implicitement, ses interventions militaires directes dans les affaires intérieures de la RCA, au nom de la lutte contre le communisme.
Dès lors, le Président du Tchad, Idriss Deby, installé militairement au pouvoir par la France, a commencé à servir de supplétif à la politique française d’intervention en RCA, qui de « directe », devient ainsi « indirecte ».
C’est dans ce cadre que le 15 mars 2003, le général François Bozizé rentre au pays et s’empare du pouvoir à Bangui avec le soutien de l’armée tchadienne.
Par la suite, une rébellion en 2004, est déclenchée par « l’Union des forces démocratiques pour le rassemblement » (UFDR), dirigée par Michel Djotodia, contre François Bozizé qui venait de s’emparer du pouvoir par un coup d’État un an plus tôt..
L’UFDR est une coalition de plusieurs groupes rebelles formée par le « Groupe d’action patriotique pour la libération de la Centrafrique » (GAPLC) dirigé par Michel Djotodia, le « Mouvement des libérateurs centrafricains pour la justice » (MLCJ) conduit par d’Abakar Sabone et le « Front démocratique centrafricain (FDC) de Justin Hassane.
Les crises se succèdent alors à un rythme accéléré en 2006, 2007, 2012, 2013, sous forme « d’offensives rebelles », mêlant à des opposants tels que l’UFDR en 2006-2007 et la coalition Séléka en 2012-2013, des milices, coupeurs de route, pilleurs en tout genre et des mouvements de rébellion étrangers, dont ceux venus du Soudan, du Sud Soudan avec les « djandjawid , de l’Ouganda avec la « LRA » de la RDC, du Congo et du Tchad.
La porosité de ses frontières est ainsi le principal talon d’Achille de Centrafique : elle facilite l’immixtion de ses voisins et des rebelles étrangers, dans ses problèmes politiques intérieurs.
Toutes ces violences politiques ont plongé le pays dans une insécurité persistante, tant au plan politique, sécuritaire, économique, sociale qu’ humanitaire, avec de fortes ramifications au plan régional et international.
Or, il ne fait aucun doute que dans cette instabilité, l’implication militaire de l’ancienne puissance coloniale en Centrafrique, la France, a été permanente, un demi-siècle durant.
Toujours est-t-il qu’en dépit du soutien du Tchad et du Congo-Brazzaville, le nouvel homme fort de la Centrafrique, Bozizé, se révèla à son tour incapable de tenir les rênes du pouvoir.
Il commit alors la faute politique impardonnable pour Paris, de remettre à la représentante de l’UA une lettre officielle, destinée à la présidente de la Commission, Nkosazana Dlamini-Zuma, lui demandant de désigner un nouveau médiateur, récusant du même coup Essongo et son patron, Denis Sassou Nguesso.
Mieux ou pire, le 19 mars, il s’ envola pour Pretoria afin de s’assurer, auprès de Jacob Zuma, du soutien du contingent sud-africain présent en RCA pour s’en servir comme ultime rempart, tout en prévoyant, sur le chemin du retour, de s’arrêter à Luanda aux fins de demander au président angolais dos Santos d’envoyer lui aussi des troupes.
Ce fut donc pour Paris et ses hommes -lige au Tchad, en République du Congo et au Gabon, la preuve de la volonté manifeste de Bozizé de rompre avec eux, de tourner la page de la Françafrique
C’est ainsi que le 24 mars 2013, François Bozizé perdit le pouvoir à la suite de l’offensive rebelle de Michel Djotodia, à la tête du mouvement Séleka ; ce qui a déclenché la crise actuelle, qui oppose, au plan interne, chrétiens et musulmans, dans une violence qui frise le génocide.
En effet, les membres de la Séléka sont essentiellement de confession musulmane, pratiquants ou non, alors que la population centrafricaine est composée à 80 % de chrétiens.
La Séléka, coalition de groupes hétérogènes appuyés par des mercenaires étrangers, des brigands et des coupeurs de route ne tarda pas à éclater.
Elle sera officiellement dissoute à la mi-septembre et en l’absence d’un commandement unifié fort, ses troupes s’adonnèrent à des exactions contre les populations civiles.
C’est pour cette raison que le Séléka a été identifié en 2013-2014 à un groupe musulman hostile aux centrafricains comme l’étaient les esclavagistes du XIXe siècle, et que s’est instauré la négation de la « centrafricanité » des musulmans du pays considéré comme des étrangers à chasser. Le tout s’est nourri à l’évidence de confusions, d’amalgames et d’ignorance quant à l’islam centrafricain qu’il importe de corriger par un sérieux travail d’histoire et de mémoire.
A la vérité, en tant que construction artificielle coloniale, il ne peut y exister de «centrafricanité » historique.
Tous les ressortissants de ce territoire ont reçu la nationalité centrafricaine, en même temps en 1958, à la naissance de la République sous Boganda !
En tout état de cause, l’aggravation de la déliquescence de l’État centrafricain et la complexification de la crise de ce pays ont été les facteurs déterminants du nouvel ’engagement de la France en Centrafrique , amenant l’ancienne puissance colonisatrice à renouer avec ses méthodes historiques d’intervention directe.
Manifestement, la volonté de conserver le contrôle de son ancienne colonie, fût-ce aux dépens de toute dynamique de développement démocratique, social ou économique a de nouveau prévalu.
c) Le retour aux méthodes d’intervention directe de la France
Dans ce nouveau contexte, la France prit la décision unilatérale de lancer «l’Opération Sangaris » dans son ancienne colonie, avant d’aller chercher l’aval des Nations unies, sans lequel, elle aurait du mal à légitimer son intervention militaire en RCA.
Elle obtient cet aval avec le vote, le jeudi 5 décembre 2013, d’une résolution du Conseil de sécurité qui lui permet d’appuyer les troupes de la « Mission internationale de soutien à la Centrafrique » ( Misca), avec comme objectif, le rétablissement de la sécurité et la protection des civils.
Mais sur le terrain, avec ses 1200 soldats, « l’Opération Sangaris », contrairement à sa finalité déclarée de rétablissement de la sécurité et la protection des civils, que l ‘ONU lui a confiée, s’est cantonné dans la sécurisation des principaux axes routiers et des grandes agglomérations, laissant le reste du pays à la merci des groupes armés.
Cette « Opération Sangaris » en RCA, évoque ainsi, à s’y méprendre, sa devancière, « l’Opération Serval » au Mali, qui a confiné l’armée malienne hors de Kidal, en laissant cette région entre les mains de « groupes armés indépendantistes » qu’elle a ramenés du Burkina.des groupes qui en ont pris le contrôle total et que Paris imposera à Bamako pour négocier les « Accords de paix d’Alger » !
L’incapacité de Michel Djotodia à enrayer l’engrenage de la violence entre ses éléments armés et le mouvement anti-Balaka, qui avait émergé en réaction à l’avancée de la Séléka, donna le prétexte de le faire partir le 10 janvier 2014, à l’occasion d’un sommet extraordinaire de la « Communauté Economique des Etats d’Afrique centrale » (CEEAC), organisé à Ndjamena au Tchad.
Ce sommet extraordinaire permit la mise en place un « Conseil National de la Transition », qui, à son tour, le 20 janvier 2014, élisit Mm Catherine Samba-Panza, Maire de Bangui, comme Cheffe de l’État de la transition.

Celle-ci parvient à faire adopter une nouvelle constitution, instaurant un régime semi-présidentiel, limitant à deux le nombre de mandats consécutifs. Cette disposition étant non révisable était accompagnée par une décentralisation renforcée. Les autorités avaient dès lors comme principale tâche l’organisation, sur ces bases, d’élections libres et transparentes. Celles-ci ont finalement eu lieu entre décembre 2015 et mars 2016.

A l’issue des élections présidentielle et législatives du 14 février 2016, Faustin-Archange Touadéra fut élu Président avec 63 % des suffrages et acquis la majorité des députés à l’Assemblée nationale, au détriment de ses concurrents, dont celui connu comme le « candidat » de la France !
C’est à la suite de ces élections que le 31 octobre 2016, Paris mit fin à l’ Opération Sangaris » qui a mobilisé au plus fort de la crise plus de 2.000 hommes ,en laissant en RCA, un effectif de militaires ramené en juin à 350 hommes . Un effectif faisant désormais office de réserve tactique au profit des 12.500 casques bleus de la Minusca, appuyés par l’Union européenne.
Face à ce départ que ni le Conseil de Sécurité de l’Onu, ni le nouveau Président de la RCA n’a demandé, le Président de l’Assemblée nationale centrafricaine déclara publiquement : « pour nous, disons-le franchement, c’est une source d’inquiétude »- Sa crainte était que ce départ coïncide avec une montée en puissance des ardeurs belliqueuses des uns et des autres.
Cette crainte n’était pas sans fondement. En effet, la présence des contingents français et de la « Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en Centrafrique » (Minusca) avait permis de rétablir un calme -même fragile- et d’organiser des élections mais la sécurité était loin d’être garantie sur tout le territoire.
Toujours est-il que l’arrivée de Faustin Archange TOUADERA à la présidence de la République en 2016, a insufflé un bref moment d’espoir, vite dissipé par la remontée des violences et de l’insécurité sur le territoire centrafricain après le départ des troupes françaises.

Précisément parce qu’un an après cette arrivée au pouvoir, des pans entiers du territoire échappent encore au contrôle de l’État.
Les groupes armés maintiennent une insécurité permanente dans plusieurs régions du pays où les institutions gouvernementales ne parviennent pas à s’imposer, laissant les milices s’affronter entre elles et piller les populations en toute impunité.
Tout comme ce qui s’est passé au Mali, après la transformation de « l’Opération Serval » en « Opération Barkhan », dont la mission est consacrée, non plus à la lutte pour le rétablissement de l’autorité de l’Etat malien sur tout son territoire hérité du colonialisme, comme c’était le cas pour «l’Opération Serval », mais exclusivement à contrer les groupes armés djihadistes !
Au total, la partie Est de la RCA est occupée par les groupes issues des ex-Seleka, la partie ouest et sud par la mouvance Anti-Balaka, qui, suite à l’effondrement de l’armée centrafricaine majoritairement formée de chrétiens, est constituée d’ex forces armées et de sécurité regroupeés en forces d’auto -défense des chrétiens contre les musulmans de la Séléa, exactement comme au Mali, où le Nord est entre les mains des Indépendantistes, et le Sud entre divers groupes armés, dont des terroristes islamistes !
Les groupes séditieux ont donc continué à contrôler une large partie du territoire centrafricain, la situation sécuritaire restant fragile avec la poursuite des violations des droits de l’Homme, des groupes armés très présents dans les zones minières, où le pillage des gisements de diamant et d’or, les taxes illégales et le trafic d’armes assurent l’essentiel des revenus de leurs chefs.

Par ailleurs, le nouveau Président tout comme son homologue au Mali, se heurte à l’embargo du Conseil de Sécurité sur les armes encore en vigueur, l’empêchant de réussir à reconstituer et équiper la nouvelle armée centrafricaine, devant le vide laissé par le départ de l’Armée française.
C’est pour relever cette contrainte onusienne qui l’empêche de reconstruire et d’équiper la nouvelle armée centrafricaine que le Président TOUADERA a eu recours à la Russie avec laquelle il a signé des Accords de défense. Ce qui a sucité l’ire de Paris qui n’a de cesse de brocarder dans tous les fora, dont celui de Dakar en Novembre 2019, la présence de l’armée russe en Centrafrique, qu’elle présente comme un « danger » pour la stabilité du continent !
C’est dans ce nouveau contexte, après plus d’un an et demi de discussions, que « l’Accord politique pour la paix et la réconciliation en RCA », a finalement été signé le 6 février 2019 à Bangui entre le gouvernement centrafricain et les 14 groupes armés signataires de la feuille de route de Libreville, après des négociations menées à Khartoum (Soudan) en janvier 2019, dans le cadre de « l’Initiative africaine de paix », sous les auspices de l’Union africaine, et avec le soutien des Nations unies.

Cet accord, le huitième signé depuis 2012, prévoyait, comme le demandaient les groupes armés, la mise en place d’un gouvernement inclusif, des mesures de décentralisation et une réforme de la fonction publique.

Les groupes armés s’engageaient à une cessation immédiate des violences, à se dissoudre, à faciliter le redéploiement des services de l’Etat sur l’ensemble du territoire et à participer au processus de « Démobilisation, Désarmement, Réintégration et rapatriement » (DDRR).

Des mesures pour la réinsertion économique et sociale des anciens combattants étaient également prévues.

L’accord proscrivait l’impunité, avec la mise en place d’un mécanisme de justice transitionnelle et la création d’une « Commission vérité, justice, réparation et réconciliation ».

C’est ainsi que Le « DDRR » a été chiffré et financé pour 45 millions de dollars débloqués par la Banque mondiale, l’ONU et le gouvernement centrafricain.
Un tel budget devant, entre autres, permettre le désarmement des combattants et la réinsertion de 5 000 d’entre eux dans la vie civile et l’intégration d’une minorité de ces combattants dans les forces armées.
L‘organisation des élections présidentielles et législatives fut retenue pour 2020/2021, le premier tour étant fixé au 27 décembre 2020, le second projeté au 14 février 2021.

Comme prévu par l’accord, le Président Touadéra forma un gouvernement inclusif le 4 mars 2019.

La composition ce gouvernement fut vivement dénoncée par les groupes armés qui jugeaient que la place qui leur était faite (8 ministres sur 36) était insuffisante.

À la suite de consultations organisées à Addis-Abeba du 18 au 20 mars sous l’égide de l’Union africaine, le Président Touadéra composa un nouveau gouvernement le 22 mars dans lequel, Firmin Ngrebada restait Premier ministre et les ex-groupes armés obtenaient une place accrue avec 12 ministres, en plus de 12 postes dans la haute fonction publique, à la Présidence de la République et à la Primature, ainsi que 5 postes de sous-préfet.

La mise en œuvre de l’accord de paix se poursuivit avec la mise en place des mécanismes de suivi de l’accord, la poursuite du processus de DDRR, la mise en place de la première unité spéciale mixte de sécurité à Bouar en octobre 2019, ou encore l’adoption, en février 2020, par l’Assemblée nationale, des lois sur la « Commission vérité, justice, réparation et réconciliation », sur les partis politiques et le statut de l’opposition, celui des anciens chefs d’Etat et sur le Code des Collectivités Territoriales.

De sorte que la confiance semblait rétablie permettant d’aller aux élections dans la paix et la stabilité.

Mais c’était sans compter avec la sourde volonté de beaucoup d’acteurs de faire partir le Président Touadéra lors des élections du 27 Décembre 2020, élections dans lesquelles il était perçu comme le principal favori.

Pour réaliser ce projet de le faire partir, François Bozizé tenta un retour en politique en se déclarant candidat à la présidentielle, se présentant ainsi comme « principal concurrent » du chef de l’État sortant.
La Cours constitutionnelle invalida cette candidature, estimant que Bozizé était sous le coup de sanctions des Nations unies, en raison de son soutien présumé à des groupes armés responsables de « crimes de guerre » et de « crimes contre l’Humanité », qui l’avaient obligé de renoncer à son poste de représentant permanent de l’UA au Mali.
Suite à ce rejet, une coalition des principaux groupes armés, pourtant signataires de l’Accord de paix, reprirent les hostilités pour exiger le report des élections, devenant ainsi, aux yeux de l’opinion centrafricaine, africaine et internationale, des alliés objectifs de Bozizé.

Cette contestation militaire fut renforcée par la « Coalition de l’opposition démocratique » (COD-2020), dont l’ancien président François Bozizé était jusqu’à peu le chef de file. Ce dernier regroupement évoquait le « contexte sécuritaire » pour « exiger le report des élections jusqu’au rétablissement de la paix et de la sécurité », et « la convocation sans délai », des « forces vives de la Nation » !
Autant de revendications rejetées par les Autorités de Bangui, par l’UA, par l’UE et l’ONU.
C’est dans ces circonstances, que le Président Touadéra s’est adressé de nouveau à la Russie et au Rwanda, leur demandant de venir contribuer militairement à la mission de ses forces armées et de la Minusca, afin d’instaurer un climat de sécurité propice à la tenue des élections à date échue.

La Russie envoya ainsi plusieurs centaines de soldats en Centrafrique et des équipements lourds, dans le cadre de cet accord de coopération bilatérale, alors que Paris se plaignait déjà, ouvertement, de sa présence militaire !

Les Rwandais envoyèrent eux-aussi plusieurs centaines d’hommes sur le terrain pour combattre.

Face à l’imminence d’une nouvelle confrontation militaire de tous les dangers, avec les groupes armés, la France se résolut, de concert avec la Russie, les États-Unis, l’Union européenne et la Banque mondiale à convier de concert François Bozizé et les groupes armés à déposer les armes, constatant de facto l’existence d’une collusion de celui-ci avec les groupes armés.
Au total, en dépit de ce climat d’insécurité, les élections furent organisées le 27 Décembre. Au résultat et à en croire le ministre de l’administration territoriale, Augustin Yangana-Yahote, sur un total de 71 sous-préfectures, 29 n’ont pas voté, tandis que 6 autres n’ont réussi qu’un vote partiel.
A la suite de la publication des résultats provisoires par la « Commission Nationale Electorale », la Cour constitutionnelle valida la réélection, au premier tour, du président centrafricain Faustin Archange Touadéra, avec 53,16 % des suffrages, après avoir rejeté les recours de ses rivaux qui arguaient de « fraudes massives » et de l’impossibilité pour 2 électeurs sur 3, de voter pour demander l’annulation de des élections.
Au total, toutes les tentatives politiques et militaires pour empêcher le Président sortant d’obtenir un second mandat ont, au constat, échoué. En effet, les opposants au Président Faustin Archange Touadéra n’ont pas pu renverser, en leur faveur, les rapports de forces ni au plan militaire, ni à celui politique ou diplomatique.
3) Les défis internes actuels et les perspectives

Aujourd’hui, après 60 ans de lutte pour construire une République démocratique souveraine et inclusive, comme en rêvait Boganda, le peuple Centrafricain est parvenu à se doter d’Institutions démocratiques, en mesure de lui permettre de matérialiser son programme résumer dans les « 5 verbes : nourrir, vêtir, soigner, instruire, loger ».
Mais pour ce faire, il faudrait d’abord qu’il relève, avec efficacité, le défi d’installation de l’autorité de l’Etat républicain et démocratique sur toute l’étendue de son territoire hérité du colonialisme, celui de réussir à se guider sur le principe du « Zo Kwe Zo » qui veut que « tout homme est un Homme », et par la conviction de Boganda indiquant que : « Pour fonder une société solide et durable, quatre éléments sont indispensables : – l’élément matériel : c’est le travail, l’élément social, c’est le respect de la personne humaine et du bien d’autrui, l’élément intellectuel, c’est l’instruction, et l’élément moral , c’est la religion catholique, protestante ou musulmane », tout en ne perdant pas de vue sa prédiction qui veut que « lorsqu’il manque à une société un de ces éléments, elle devient de plus en plus boiteuse, et finit par tomber, et c’est la décadence » !
C’est donc armé de cette vision futuriste de Boganda, que le Président Touadéra, réélu pour un second et dernier mandat, après son appel solennel à la « réconciliation nationale » qui a immédiatement suivi la proclamation de sa victoire par le Conseil Constitutionnel, devrait, sans tarder, prendre des mesures énergiques pour parachever toutes les dispositions de « l’Accord politique pour la paix et la réconciliation en RCA », signé le 6 février 2019 à Bangui.
A cet égard, il devrait être exclu de tenir de nouvelles négociations avec les 14 groupes armés déjà signataires de l’accord de paix, et avec les organisations de la société civile qu’ont rendu suspectes, leur mutisme dès les premiers moments de la reprise des hostilités par les groupes armés et leur caution donnée aux Partis qui exigeaient le report des élections.
Il faudrait donc qu’il exige, auprès du Conseil de Sécurité, et de l’UA, la fin immédiate des hostilités et le désarmement des groupes armés, comme ils en avaient pris l’engagement, afin de créer les conditions nécessaires à la poursuite de la mise en œuvre du « Programme DDRR », et la « levée immédiate de l’embargo sur les armes », qui l’empêche de reconstruire et d’équiper les FACA, pour restaurer l’autorité de l’Etat et la sécurité sur toute l’étendue de son territoire.
Bien entendu, étant donné l’ancrage historique et constant des interventions directes ou indirectes de la France dans les affaires politiques de la Nation, qui ont contribué à déstabiliser les Institutions de la République centrafricaine et le pays tout entier, en s’appuyant sur les accords de coopération de 1960 et de 1966, Le Président Touadéra devrait abroger ces accords, pour enlever à la France tout prétexte pour récidiver.
Dans ce cadre, le départ des 350 soldats français encore restants sur le Sol centrafricain devrait être immédiat.
En outre, le Président réélu devrait exiger la reconnaissance publique des Autorités françaises, de leurs responsabilités historiques et contemporaines, dans la tragédie que vit le peuple centrafricain, en procédant à une « relecture de ce douloureux passé », pour bâtir les fondements qui n’ont jamais existé d’une confiance mutuelle, sans laquelle, aucune amitié ou fraternité durable entre les deux peuples n’est possible.
De même, il devrait appeler le Conseil de Sécurité à condamner et à mettre en garde le Tchad et le Congo Brazzaville, pour leur appui à des rébellions contre l’Etat centrafricain que son peuple a si lourdement payé et continue de payer, endurant spoliation de ressources minérales, massacres répétitifs et insécurité permanente.
Enfin, la « Commission de l’UA » devrait jouer plus efficacement son rôle dans la recherche d’une paix durable en RCA, avec le soutien de tous les pan- africanistes mobilisés derrière elle, pour réunir les conditions nécessaires à la mise en œuvre du « Programme DDRR » !
Fait à Dakar le 14 février 2021

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