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Mouhamadou Lamine Bara LO :APE UE-AFRIQUE : REFUS DE LA RÉSILIENCE, ÉLOGES DE LA DÉPENDANCE ET OPTION CONTRE L’ÉMERGENCE

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Et si L’Afrique refusait le développement ?

Cette interrogation qui a fait couler tant d’encres et susciter autant de réactions mérite, au regard des postures habituelles et persistantes de nos représentants, d’être reposée.

La signature des accords de partenariat économique (APE) qui semble imminente (CEDEAO) pose le problème de la pleine mesure de la responsabilité historique tributaire de la délégation de pouvoir.

Comment pourrait-on comprendre que ceux qui ont la responsabilité de conduire la destinée de leurs peuples empruntent des chemins qui s’opposent au bien-être durable et qui sapent même les fondements de leurs serments et de la morale?

Aucune logique ne l’explique, sinon celle des pesanteurs occultes. Aucune contrainte ne le justifie, sinon celle de la servitude volontaire.

Vulnérabilité aux chocs

La globalisation économique accélère les échanges et met les économies en perpétuelle compétition sous le contrôle d’institutions qui ont fini de se convaincre des bienfaits de l’ultralibéralisme et de l’extrême libre-échangisme. Dans ce cadre prédéfini où les « régions qui gagnent » confortent et pressent les « régions qui perdent » dans un cercle vicieux dont il est difficile de se tirer, ceux qui apprennent de l’histoire sont appelés à se prémunir des mauvaises surprises du marché et de ses déterminants par de franches positions politiques renforçant la résilience de leurs économies.

Les accords de partenariat économique proposés par l’Union Européenne ont ceci de pernicieux qu’ils exposent les économies des pauvres signataires à la merci de la fortune de l’Union. Cette malheureuse corrélation vient s’ajouter, pour certains pays comme le Sénégal qui utilisent le CFA, à l’arrimage monétaire qui pèse sur nos économies. Toutes choses qui exposent les signataires aux néfastes conséquences de conjonctures économiques dont les causes peuvent nous être totalement étrangères.

Au moment où les pays responsables se prémunissent des chocs en promouvant, avant tout, un dynamisme économique endogène, les pays de la CEDEAO devraient emprunter une voie qui minimise les aléas pouvant survenir à tout moment dans un monde où les inégalités sociales, le terrorisme et l’hyper-financiarisation de l’économie, entre autres, ont fini d’installer des incertitudes stratégiques chroniques. Les APE doivent être rejetés pour ce qu’ils s’attaquent même à un important pilier de cette résilience : le tissu industriel.

Le sentier de l’industrialisation

Produire ce dont nous avons besoin et consommer ce que nous produisons. La déclaration historique du panafricaniste Thomas SANKARA renseigne à juste titre sur sa compréhension de ces enjeux qui restent encore actuels. Les APE qui instituent des échanges sans barrières douanières constituent un arrêt de mort pour nos industries, qui se veulent naissantes, en ce qu’ils mettent finalement en compétition des acteurs dont la dissemblance des conditions reste très prononcée.

De la subvention des exploitants agricoles (le budget de la « Politique Agricole Commune » de l’union européenne sur la période 2014 – 2020 est de 362,8 milliards d’euros) et autres éleveurs qui impacte positivement le coût des intrants de l’agro-industrie aux barrières non-tarifaires, les sous-couverts de l’Union Européenne ont toutes les cartes en mains pour étouffer le tissu industriel Africain qui ne demande qu’à être couvé afin de prendre pied. La consécration d’une telle proposition anéantira les efforts consentis par les politiques économiques depuis de nombreuses années et constituera une contre-incitation à investir le secteur industriel.

Ce qui se traduira sûrement par la perte d’emplois et de recettes fiscales, de mauvaises anticipations et les risques d’entrainement qui lui sont très souvent associés, une baisse des revenus et des faillites. Le président WADE affirmait, à juste titre, en 2007 que « Si le Sénégal ouvre ses frontières à l’Europe, 80 à 90 % de ses industries vont disparaître ».

En amont des industries, les agriculteurs qui composent une part importante de nos pays pauvres seront exposés à une compétition à laquelle ils ne sont nullement préparés, en plus des aléas climatiques qui impactent depuis quelques années leurs productions.

Les leurres de ces accords résidant dans l’optimisation des paniers peuvent se démasquer par une simple appréciation de la corrélation revenus-dépenses. Les dépenses étant conditionnées par les revenus, les APE qui s’attaquent indirectement aux revenus des Africains (conséquences des pertes de parts de marché des industries locales) impacteront leurs pouvoirs d’achat.

La mise sous perfusion sera l’alternative pour maintenir la consommation et renforcer la dépendance déjà décriée. Le fonds de compensation proposé n’y pourra rien. L’économiste-président WADE disait à juste titre dans une tribune publiée dans le journal le monde en 2007: « Entre des mesures pour protéger mon économie d’une concurrence destructrice et une somme d’argent, je préfère les mesures de protection ! L’argent se dépense si vite, et après ? »

Finalement, signer les APE proposés par l’UE revient à emprunter les sentiers de la dépendance en étouffant un tissu industriel qui devrait porter un dynamisme économique endogène gage d’inclusion sociale et de souveraineté.

Des entraves à un commerce interne positif

Les parts croissantes des BRICS dans les importations Africaines et le positionnement des dragons du Sud-Est Asiatique n’ont pas laissé de marbre l’Union européenne. Loin de baisser les bras, cette dernière entend barrer la route à ces nouveaux « prédateurs » qui investissent les terres Africaines restées jusque-là sa «propriété ». Dans ce contexte, les APE ne sont qu’un moyen d’améliorer la compétitivité prix des produits Européens face à ceux de leurs concurrents qui, pour leur technologie à bas prix, la souple spécialisation de leurs mains-d’œuvre, le niveau des salaires, entre autres, sont beaucoup plus accessibles aux budgets des consommateurs africains.

Quel que puisse être l’heureux gagnant de cette compétition, l’Afrique sera à coup sûr la grande perdante. Tant que le continent Africain gardera sa posture de complice passif, il ne cessera de compromettre son développement et d’aggraver le fossé qui, à la lumière de l’histoire, est bien profond. En y regardant de plus près, les APE vont inonder le marché africain de produits Européens au détriment des échanges internes de produits transformés localement. L’anéantissement du tissu productif Africain consacrera la distribution comme principale activité économique qui s’avèrera, inéluctablement, incapable de porter une croissance inclusive. Nos économies seront tout simplement des éléments d’une chaine de distribution dans laquelle leurs marges de manœuvre seront considérablement réduites.

Au moment où les grandes puissances économiques du monde entendent miser sur le marché Africain afin de tirer pleinement profit de son potentiel, le continent doit poser les conditions d’échanges internes positifs en allant vers des dynamiques endogènes, au moins, régionalisées. Ces accords constituent une sérieuse option contre l’émergence qui semble être le mot d’ordre de l’axe Dakar-Abidjan.

Une responsabilité envers les générations futures

Le fossé qui nous sépare du développement continuera à s’agrandir tant que nos Etats n’aborderont pas les vrais changements qui s’imposent à notre structure économique. Il urge de s’y atteler afin de ne pas léguer aux générations futures les problèmes que nous n’aurions pas eu le courage de régler. C’est la posture des leaders d’aujourd’hui qui déterminera le sort des Africains qui constitueront, selon l’Unicef, le quart de la population mondiale en 2050. C’est une responsabilité pour les représentants africains de faire de ce marché en devenir une source de profit pour ceux qui le constituent.

Le privilège d’un peuple pauvre est que le risque que courent ses entreprises est mince, et les dangers qu’il encourt sont moindres. Comprendre cette déclaration de feu Sékou TOURE est un préalable pour emprunter la voie d’un réel développement. Loin de minimiser les risques liés à l’autodétermination dans un monde où l’impérialisme se dissimule derrière les discours égalitaires, il est important de comprendre que le cercle vicieux qu’entretien le statu quo n’est guère plus reluisant d’autant plus qu’il empire le fossé existant.

Le Président Macky SALL a une responsabilité historique qui marquera la trajectoire du peuple Sénégalais et celle de toute la communauté Africaine. La raison et la diligence doivent le pousser à batte campagne pour le rejet de cet accord comme le fit si bien, à l’occasion, son prédécesseur Me Abdoulaye WADE. Cette position souhaitée pour le président SALL doit lui être imposée par la société civile, les opérateurs économiques, la jeunesse dont l’avenir est en jeu…par tous les Sénégalais qui veulent faire valoir leur dignité.

« L’esclave qui n’est pas capable d’assumer sa révolte ne mérite pas que l’on s’apitoie sur son sort. Cet esclave répondra seul de son malheur s’il se fait des illusions sur la condescendance suspecte d’un maître qui prétend l’affranchir. Seule la lutte libère». Thomas SANKARA nous aura prévenus.

Mouhamadou Lamine Bara LO
SG CONVERGENCE DU BAOL
maskane.dg@gmail.com

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