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[Portrait] Joseph Boakai, le tombeur de George Weah

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Écharpe blanche et verte aux couleurs de son parti, Joseph Boakai salue ses supporters depuis son bus qui fend la foule lors du défilé de clôture de sa campagne du premier tour de la présidentielle au Liberia.
 
Cette élection, qui était sa dernière chance, lui a permis de prendre sa revanche sur le président George Weah qui l’avait battu en 2017.
Le chef d’Etat sortant, M. Weah, a concédé sa défaite en appelant M. Boakai pour le féliciter de sa victoire, dans un discours sur la radio publique vendredi soir.
 
A 78 ans, ce ténor de la politique libérienne, vice-président d’Ellen Johnson Sirleaf de 2006 à 2018, serviteur de l’Etat pendant quatre décennies, s’est frayé un chemin jusqu’au poste de chef de l’Etat.
 
Candidat malheureux en 2017 lors de son face-à-face perdu au deuxième tour de la présidentielle contre George Weah, le leader du Parti de l’Unité prépare de longue date sa revanche.
 
Pilonnant dès qu’il en a l’occasion le bilan mitigé de son adversaire, il propose un « plan de sauvetage » national. Il promet d’améliorer les infrastructures, d’investir dans l’agriculture, d’attirer les investisseurs, d’ouvrir le Liberia au tourisme, de redorer le blason du pays.
 
« Sa motivation est de sauver le Liberia de l’état dans lequel il est » depuis que George Weah a pris le pouvoir, déclare à l’AFP Mohammed Ali, porte-parole de son parti. Il liste pêle-mêle « l’afflux de drogues illicites, l’augmentation du taux de pauvreté, la mauvaise gouvernance, l’effondrement des systèmes de santé et d’éducation ».
 
Son discours porte. Alors qu’il s’était largement incliné il y a six ans, obtenant 28,76% au 1er tour et 38,46% au second, il a talonné au premier tour le président sortant, les deux ayant obtenu environ 43% des voix.
 
Les résultats du second tour publiés vendredi par la commission électorale, après des votes dans plus de 99% des bureaux, donnaient 50,89% à M. Boakai et 49,11% à M. Weah.
 
– Alliances –
 
M. Boakai a promis un gouvernement inclusif qui reflète la diversité politique, ethnique, régionale, religieuse et de genre au Liberia. Certains candidats comme Tiawan Gongloe lui ont apporté leur soutien pour le deuxième tour.
 
Il a su dès le premier tour manœuvrer habilement pour nouer des alliances avec des barons locaux, comme l’ancien chef de guerre Prince Johnson, qui avait soutenu George Weah en 2017 et qui bénéficie toujours d’un fort soutien dans sa province de Nimba.
 
M. Johnson, qu’une vidéo montra en train de siroter une bière pendant que ses hommes torturaient à mort le président Samuel Doe en 1990 et qui est sous sanctions américaines pour corruption, a placé l’un de ses hommes, Jeremiah Koung, au poste de vice-président de M. Boakai. Le candidat l’a largement emporté à Nimba, région peuplée du nord-est, au 1er tour.
 
Comme George Weah, Joseph Boakai est issu de la population « autochtone », et non de l’élite « américano-libérienne » descendante d’esclaves affranchis qui a longtemps dominé le pays. Il se décrit comme un homme ordinaire qui s’est extrait d’une condition modeste par le mérite et le travail.
 
Originaire d’un village reculé de la province de Lofa, frontalière de la Guinée et de la Sierra Leone et souvent présentée comme le « grenier à blé du pays », il a été ministre de l’Agriculture de 1983 à 1985 sous Samuel Doe.
 
Il est marié et père de quatre enfants.
 
Âgé
 
Selon l’un de ses conseillers interrogé par l’AFP, Augustin Konneh, M. Boakai est humble, intègre et travailleur.
« Il croit en la perfection, il prend note de tout », estime-t-il, relevant son sérieux sur tous les sujets, qu’il voit comme une faiblesse car, selon le proverbe qu’il cite, « travailler sans jouer fait de Jack un garçon ennuyeux ».
 
« Boakai a formé une coalition avec différentes factions. S’il gagne les élections, ce sera un défi majeur pour lui (de la maintenir car) les attentes sont énormes pour tous les membres de la coalition », note Ibrahim Al-bakri Nyei, directeur de l’Institut Ducor.
 
Ses opposants estiment que son âge avancé est un handicap et affirment qu’il est déconnecté des jeunes générations dans un pays où 60% de la population a moins de 25 ans. Ils le surnomment « Sleepy Joe » (Joe l’endormi), surnom aussi donné par des adversaires au président américain Joe Biden, et arguent qu’il est temps pour lui de se reposer.
 
Durant la campagne, ses soutiens n’ont cessé de mettre en avant sa probité constante et clament qu’il sera le seul à savoir restaurer la confiance envers les institutions et à combattre la corruption.
AFP

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