});












Procès Karim Meissa Wade: Nuances, expertise et détails.

= 819

La CREI a procédé hier à la confrontation des témoins Assane Diankho, Ibrahima Wade, Allé Sine et Tahibou Ndiaye, en ce qui concerne le dossier afférent à l’échange de terrain entre Mody Ndiaye et l’Etat. Ensuite, on a pu procéder à l’audition des témoins Madeleine Sarr (SCP Cap-Ouest, Hardstand) et Pape Sambaré Diop.

Ibrahima Wade, Allé Sine, Tahibou Ndiaye et Assane Diankho ont été confrontés hier par la CREI dans le but de lever le voile sur les contradictions dans leurs déclarations relevées, la veille, par l’une ou l’autre des parties du procès. Ainsi, parmi les questions posées à la fois par la Cour, le Parquet Spécial, la Partie Civile et la Défense, sont revenues celles relatives à l’échange de terrain entre Mody Ndiaye et l’État du Sénégal, de même que d’autres ayant, cette fois, trait aux procédures et rapports hiérarchiques, alors en vigueur au sein de la Direction Général des Impôts et Domaines (DGID) et dans ses différents démembrements.

Par exemple, Allé Sine a déclaré, à l’instruction, avoir suggéré à Mody Diagne de passer par « des voies détournées » pour obtenir la signature des documents nécessaires à l’attribution du terrain sur la Corniche que lui avait promis l’État. Interrogé sur ces propos, l’agent a précisé sa pensée, en soutenant qu’il a voulu dire que l’intéressé avait fait preuve d’insistance, voire de « pressions » sur lui pour l’avancement de son dossier au sein de la Direction des Domaines, avant de saisir directement le ministre du Budget de l’époque, Aguibou Soumaré, pour être satisfait.

Ensuite, les autres témoins ont été invités à s’exprimer sur ce point. Assane Diankho a expliqué que ledit recours n’a pas respecté l’orthodoxie, vis-à-vis de la chaîne hiérarchique de transmission (même si l’acte en lui-même n’est pas illégal). Tahibou Ndiaye et Ibrahima Wade sont tombés d’accord sur le fait que ce cas de figure est normal, voire courant, dans de telles circonstances.

L’audition s’est poursuivie sur les potentielles « irrégularités » notées par l’ex-Directeur de la DGID dans ledit dossier, après que ce dernier lui a été transmis par Allé Sine (irrégularités supposément « omises » par Tahibou Ndiaye). Tous les témoins se sont accordés à dire qu’aucun d’entre eux n’avait le pouvoir de s’opposer au dit échange, car le pouvoir de trancher sur la question était celui de l’ex-ministre du Budget et de lui seul… Ce qu’il a, en fin de compte, fait.

Me Bathily se rebelle

Invité à prendre la parole lors de ladite confrontation, Me Demba Ciré Bathily n’a malheureusement pas pu dérouler le fil de ses questions du fait d’un « incident » l’ayant opposé à sa Némésis de toujours, le Président Henri Grégoire Diop. Alors qu’il s’entretenait avec l’un des témoins, l’avocat s’est en effet vu interrompre par le magistrat, car ce dernier a estimé que les questions posées ne correspondaient pas à l’esprit de la confrontation alors en cours… S’en est suivi un échange comme d’habitude houleux au cours duquel, pour une raison ou pour une autre, la robe noire aurait « élevé la voix ».

Drapé dans le manteau de sa dignité blessée (ou, à l’en croire, celle tout autant meurtrie de la Cour tout entière), HGD lui a aussitôt retiré la parole et donné une volée de bois vert à la Défense tout entière, en déclarant que « l’irrespect » de Me Demba Ciré Bathily est « total et pur et simple ». Il a fallu alors que l’ancien bâtonnier Félix Sow intercède en la faveur de ce dernier pour que, une demi-heure plus tard et après que tous ses collègues de la Défense ont pris la parole, la Cour consente à enfin laisser parler l’avocat en question, mais à la condition sine qua non que ce dernier fasse « de sa bouche » ses excuses aux juges.

Les choses ne sont pas néanmoins allées dans le sens voulu par le Président, puisqu’en lieu et place d’exprimer ses regrets, Me Bathily s’est plutôt rebiffé : «Je tiens à rappeler un certain nombre de principes. (…) Je me suis toujours efforcé de faire preuve de respect, même si j’exerce toujours mon métier avec force et détermination… Loin de moi est l’idée d’avoir voulu froisser la Cour, (…) par contre, j’affirme que le respect que je lui dois est le même que celui que je tiens à ce qu’elle porte à mon encontre», a ainsi répondu l’avocat.

Karim pose (enfin) des questions constructives

Une fois n’est pas de coutume (pour ne pas dire que ce n’est jamais arrivé), Karim Meïssa Wade a posé, lors de sa confrontation aux témoins, des questions ayant trait au dossier ! Pas d’allusions à « Buur Fatick » donc ce mercredi puisque « Buur Point E » a choisi la sobriété, en demandant à Tahibou Ndiaye et consort des précisions sur certaines de leurs déclarations, particulièrement en ce qui concerne les fameuses « voies détournées » évoquées par Allé Sine et les voyages reconnus de Tahibou Ndiaye et Ibrahima Wade au Palais de la République afin d’y avoir, avec le Président Wade, des séances de travail.

« Ai-je, de près ou de loin, directement ou indirectement fait appel à l’un de vous pour de quelque manière que ce soit obtenir des baux, avantages, titres fonciers ou quoi que ce soit pour moi ou pour un tiers, pendant que vous exerciez vos fonctions respectives au sein de l’administration des impôts et/ou foncière ? », a-t-il demandé aux quatre témoins. Chacun d’entre eux a successivement répondu par la négative.

… Même s’il fait un brin de PR (Public Relations) aussi

Si « Karim Président », comme aiment à l’appeler ses sympathisants dans la salle, s’est plié au jeu des questions réponses, l’occasion était trop belle pour qu’il ne prenne pas la tangente. En effet, sous couvert de poser ses questions, le Meïssa a subtilement fait l’éloge des « grands travaux » du Sopi, saluant au passage « l’impressionnant bilan » de son père le Président, en plus de vanter l’efficience des services qui étaient sous son autorité, etc. Mais, Wade-fils ne s’est pas arrêté en si bon chemin… En effet, rebondissant sur les questions de la Cour quant aux fameuses convocations téléphoniques de l’ancien Président à Tahibou Ndiaye et Ibrahima Wade, il s’est étonné du fait que la CREI ait fait grief de cela aux dits témoins alors que, selon lui, « le substitut du procureur répond quotidiennement au téléphone au Président Macky » ! Un étonnement jugé « impertinent » par le Président de la Cour qui a alors gentiment demandé au bonnet d’âne tout vêtu de blanc en question de retourner… au coin !

« Confuse », Madeleine Sarr laisse le Procureur Spécial sans voix

S’il a une réputation de dur à cuire, il n’en demeure pas moins que le Substitut du Procureur Spécial Antoine Félix Diome est resté pantois hier devant le délicieux hermétisme du témoin Madeleine Sarr. La dame, qui s’est présentée comme la « secrétaire » de la famille Bourgi au sein de Bourgi Immobilier, a en effet refusé avec tact de répondre à de nombreuses questions adressées par la Cour et le Parquet Spécial… Cela en leur servant, tout silence gardé, un sourire si énigmatique qu’il serait digne de Mona Lisa !

Ainsi, on n’a pas appris grand-chose de l’audition de la coquette Madeleine, si ce n’est qu’elle se revendique « gérante » de la SCP Cap-Ouest sans avoir jamais, a-t-elle précisé, lu les documents statutaires que lui aurait donné à signer son « directeur » Ibrahima Aboukhalil. Mme Sarr a ajouté, en outre, ne rien connaître de ce qu’on lui demande, encore moins l’identité des inculpés et particulièrement de Mamadou Pouye, même si ce dernier travaillait apparemment dans le même immeuble qu’elle.

Une posture tellement curieuse que la Partie Civile s’est surprise à demander au témoin « si elle avait les yeux ouverts » quand elle a signé son bulletin de souscription à la société Cap-Ouest (dont elle détient 1%)… Le Parquet lui-même n’a pas pu s’empêcher de demander au « témoin de la Défense » si elle a eu à rencontrer « certains des avocats présents dans la salle » pour être, sait-on jamais, « préparée »… Ce à quoi Madeleine Sarr a répondu par un simple hochement de tête, avant que la Défense ne se déclare évidemment « choquée ».

Pape Sambaré Diop, la vieille école

Dernier témoin à passer, Pape Sambaré Diop a été appelé à la barre pour parler de la société Hardstand, notamment de l’entrée de Bibo Bourgi dans l’actionnariat et l’achat du terrain de Mody Ndiaye… Le Président de la Chambre des Notaires du Sénégal a donné un avis d’expert sur divers scénarii.

La Défense et le Parquet Spécial lui ont demandé la valeur des actes notariés dressés, suivant le cas que les « vrais » actionnaires soient connus ou non. Le notaire s’est prononcé en faveur de la validité des actes authentiques, en ajoutant qu’en aucun cas, une quelconque « promesse », « clause secrète» ou « contre lettre » ne pourrait faire foi pour révoquer les droits des personnes inscrits dans les statuts.

Il a précisé ensuite que dans le cas théorique où les « vrais » actionnaires ne « veulent pas se faire connaître », le bons sens veut qu’ils ne se présentent pas eux-mêmes au notaire, en lui exposant de tels motifs, sous peine de nullité des actes.

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.