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REFERENDUM 2016 : LA DEFAITE DE L’ETHIQUE FACE AU POLITIQUE

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Le référendum 2016, organisé sur fond de crise sociale, vient de livrer son verdict. La majorité des votants se sont prononcé en faveur du « oui », de l’adoption de la nouvelle constitution. La victoire du « oui » est la victoire de l’organisation, des moyens matériels et financiers mais aussi de la meilleure stratégie de communication.

Cependant, le dopage politique caractérisé par la corruption politique sous toutes ses formes religieuses, pécuniaire, ethnique et sociale interdit de célébrer la majorité du « oui » comme une victoire. Un athlète qui remporte une course par un dopage est soit sanctionné s’il est pris, soit habité par une mauvaise conscience s’il s’en échappe.

Ni honneur ni gloire ! Le président de la république a échoué son référendum. Il peut toutefois se targuer d’avoir gagné des « élections présidentielles anticipées » avec les tares et les vices électoraux qui caractérisent notre culture politique abâtardie héritée du parti socialiste il y a de cela plus de 50 ans.

Le référendum renvoie à un concept de consensus autour d’un projet ou d’une proposition (qui pourraient pourtant être adoptés à l’assemblée nationale dans beaucoup de cas). C’est un moment de forte mobilisation de la citoyenneté autour de l’adoption d’un projet.

Le président qui le propose doit relever deux défis : celui de l’abstention et celui du plébiscite. Le référendum est un échec du point de vue de ces deux aspects.

Deux critères régissent le référendum: le critère de participation et le critère d’approbation. Les électeurs doivent accomplir leur devoir citoyen en participant massivement au référendum et voter en faveur du « oui » avec une majorité qui n’est ni relative, ni absolue mais (avec une majorité) qualifiée à 90% au moins.

On a assisté à un référendum à double sens. Pour les « ouistes », il s’agit d’adopter une révision constitutionnelle. Pour les « nonistes », il s’agit de sanctionner le « wax waxeet » du président de la république avec comme conséquence le retour à la case de départ.

Ce qui devrait permettre au président de rectifier le tir, de revenir à la raison, d’engager le dialogue et d’organiser un référendum consensuel plébiscité par un vote populaire.

La victoire du « non » serait ainsi la victoire de l’éthique politique et du consensus électoral. Contrairement au « oui » qui banalise la « parole donnée » et vide le référendum de son sens consensuel.

Les électeurs favorables au « oui » ont privilégié leur jugement politique au détriment de leur jugement éthique auquel les partisans du « non » les invitaient.

En tout état de cause, le référendum nous renseigne que les électeurs s’émancipent de plus en plus du « ndigel » et qu’ils sont inertes (taux d’abstention) lorsqu’ils ne comprennent pas les messages envoyés par les acteurs politiques.

Le président Macky Sall se révèle à l’occasion de ce référendum comme le plus grand stratège politique du moment. Ses résultats électoraux sont à la mesure de l’importance qu’il a accordée très tôt à sa communication.

Les succès électoraux d’un pouvoir dépendent fondamentalement de la perception positive que les électeurs ont de l’action du gouvernement.

La communication est l’outil incontournable qui permet d’atteindre la conscience des électeurs, de formater leurs opinions et d’assurer leur persuasion.

L’opposition a péché par sa communication.

Elle n’a pas su imposer le point de vue éthique et moral dans le débat médiatique.

Elle n’a pas été audible à l’opinion. Contrairement au pouvoir qui a su contrôler et maîtriser l’initiative et le déploiement du débat dans les médias.

Le débat éthique du « wax waxeet » a cédé la place au débat sur les 15 points. Face à cette contrainte, l’opposition désarmée n’a prévu aucune stratégie alternative communicationnelle.

Les électeurs ont compris et perçu le message du pouvoir fondé sur la justesse des 15 points tandis que leur critique par l’opposition paraissait incompréhensible et inaudible.

Les arguments des « nonistes » semblaient aux yeux de l’opinion plus fantaisistes que justes. Les dérives que leurs commentaires prêtaient aux nouveaux droits et à la laïcité n’ont pas convaincu la majorité des votants et le débat sur le « wax waxeet » était relégué au second plan.

Si l’on peut comprendre que le pouvoir a toujours l’avantage des moyens financiers et matériels dans une compétition électorale, il ne doit pas en être de même pour la stratégie de communication.

Une opposition ne peut espérer battre un pouvoir que sur le terrain de la communication. Lorsqu’elle perd la bataille de la communication, elle perd naturellement les élections. Ils doivent améliorer leur stratégie de communication face à la machine huilée du président s’ils veulent gagner les prochaines échéances électorales.

Néanmoins, en votant « non »,   ils peuvent se consoler de relever le défi personnel d’assumer leur conviction et leur responsabilité éthique devant l’histoire et dont la conséquence devrait réconcilier l’éthique, le politique et le consensuel.

Nous qui prétendons représenter le camp des valeurs dans l’APR, nous sommes désolés de constater que ni la rupture, ni la sobriété, ni la vertu encore moins la patrie n’ont pas été au rendez-vous dans ce référendum. Le niveau de l’esprit démocratique et du comportement démocratique n’a pas bougé, il est malheureusement resté le même. Nous le regrettons et le déplorons !

Enfin, l’histoire retiendra qu’une partie de la classe politique a entraîné, dans son effondrement et sa déchéance éthique et morale, une fraction du corps électoral innocente et inconsciente à banaliser l’éthique et les valeurs dans le combat politique.

Dr Abdoulaye Taye,

Enseignant-chercheur à l’Université Alioune Diop de Bambey

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