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Référendum et maintien du mandat de 7 ans: Les voix du refus

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Le “reniement de la parole donnée” par le Chef de l’Etat sonne la dissidence, et revitalise les ambitions politiques au sein des rangs alliés comme adverses. Une cartographie du refus se dessine, qui demain pourrait donner les contours d’un Front de l’opposition.

Sur eux, Macky Sall pourra difficilement compter pour mettre le bulletin du ‘’Oui’’ dans l’urne. Et si Référendum du 20 mars 2016 était en train de susciter l’émergence de nouvelles races d’opposants issus des rangs alliés. Entre déception, constat d’amertume, boycott actif et rejet sans appel, le mandat présidentiel maintenu à 7 ans dessine des lignes dans la majorité et revigore l’opposition.

Fait lourd de sens, le Maire de Dakar prend une position personnelle et fait entendre sa voix, sans en référer à la position officielle de son parti, le Ps. ‘’Je prends acte de la décision du président de la République de revenir sur son engagement de réduire le mandat en cours de sept à cinq ans, après l’avoir promis entre les deux tours de l’élection présidentielle de 2012 et après l’avoir, après son élection et à maintes reprises, réitéré aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du Sénégal’’, mentionne l’édile dakarois, dans un communiqué parvenu à notre rédaction.

Aux yeux de Khalifa Sall, la décision présidentielle est à la fois dommageable pour le système politique sénégalais et pour les hommes qui l’animent. ‘’Cette décision, écrit-il, est évidemment un coup porté non seulement à notre démocratie mais aussi à la classe politique toute entière, puisqu’elle décrédibilise la parole publique et discrédite les hommes politiques dans leur capacité à tenir leur engagement.’’

Et l’édile de la capitale de rappeler les principes moraux qui, selon lui, fondent l’action publique. ‘’Il est de notre devoir, en tant qu’hommes politiques, de respecter la parole donnée. Les promesses faites au peuple sénégalais ont valeur d’engagement et doivent être respectées, quel qu’en soit le prix, par ceux qui ont été investis de la confiance populaire’’, sermonne-t-il.

Sa camarade de parti, la mairesse de Podor, ne dit pas le contraire. Et c’est depuis sa ville qu’Aïssata Tall Sall s’est prononcé sur le mandat présidentiel de 7 ans et sur le référendum. ‘’Macky Sall se devait de respecter sa parole, elle vaut plus que l’écrit’’, tonne l’avocate. Le premier magistrat de Podor exprime toute sa déception après la décision du président de la République de faire un mandant de 7 ans. ‘’Dire que je suis déçue relève de la lapalissade’’, lance la députée socialiste sur un ton amer. Comme le maire de Dakar, Aïssata Sall ne transige pas sur le respect de la parole donnée. ‘’Le Président se devait de respecter son engagement. Il y avait d’innombrables mécanismes comme : donner la parole au peuple après l’avis du Conseil constitutionnel, mais on a extirpé ce point des réformes. La décision revenait au peuple’’, a-t-elle-indiqué.

Dépitée, Me Sall ne s’attarde guère sur le rendez-vous électoral du 20 mars prochain. ‘’Ce référendum manque d’intérêt, même s’il a un sens’’, dit-elle. La socialiste a plutôt les yeux rivés sur la prochaine présidentielle. Sur un ton martial, elle avance : ‘’Je précise ici qu’on doit savoir que le Ps aura son candidat. Le Ps n’est pas un comprimé d’aspirine à dissoudre dans un verre d’eau qu’on appelle Yoonu Yokkute. Nous sommes nombreux à nous battre pour que le Ps ait un candidat qui incarnera la légitimité dans notre formation politique.’’

Peu enthousiasmé par le choix du référendum, Cheikh Tidiane Gadio, leader du Mouvement Politique et Citoyen ‘’Luy Jot jotna’’ (MPCL) brandit la menace du boycott. Réunis en conclave ce week-end à Saint-Louis, Gadio et ses camarades ont décidé d’adresser une lettre ouverte à Macky Sall, suite à ‘‘l’émotion créée dans le pays par sa volonté d’exercer un mandat de 7 ans. Au-delà du constat indigné, le MPCL ‘‘suggère fortement au Président Sall de prendre de la hauteur et de procéder au report pur et simple du référendum’’, histoire de décrisper et de re-crédibiliser le processus des réformes institutionnelles et de révision constitutionnelle. Gadio et ses partisans proposent au chef de l’État de faire passer les réformes à l’Assemblée nationale, puisque ‘’cette procédure est prévue par notre Constitution’’. Une chose est sûre : il ne faut pas compter sur le MPCL de Gadio pour garnir les rangs du ‘’Oui’’. Prenant clairement ses distances avec le “Non” qui imposerait de facto deux mandats de 7 ans, le mouvement politique ‘’battra campagne activement pour le boycott du référendum’’, si aucune disposition ne garantit noir sur blanc que le mandat en cours est compris dans les deux ‘’mandats réglementaires prévus par la Constitution’’.

Le boycott pourrait tenter Moussa Tine. L’ancien patron de Cadakar ne sait pas encore s’il va voter “Oui” ou “Non” au référendum. En fait, Tine est peu convaincu de la pertinence des points contenus dans le projet de révision constitutionnelle. Il reste convaincu que le Chef de l’Etat aurait mieux fait de passer par la voie parlementaire pour apporter les modifications souhaitées. ‘’On pouvait passer par la voie parlementaire. Il y a un article qui est spécialement dédié à la révision de la Constitution. C’est l’article 103. Dans cet article, il n’y a pas un avis à demander au Conseil constitutionnel…‘’, a indiqué le leader de l’Alliance démocratique Pencoo, invité hier du Grand Jury de la Rfm.

S’il y a un autre allié peu convaincu par l’opportunité d’organiser un référendum, c’est bien Bés du Niakk. Réuni autour de son leader, le Directoire national, dans une note lue par le Coordonnateur national, s’est désolé du “reniement de la parole donnée par le Chef de l’Etat. Cette attitude ‘’n’est ni un problème politique, encore moins une question juridique, mais une question d’éthique tout court’’, rappelle le parti de Serigne Mansour Sy Djamil. Pour Bés du Niakk donc, la priorité n’est pas d’organiser un référendum. Surtout que son “coût estimé à 3,5 milliards de F CFA pourrait servir à soulager le monde paysan en matière d’hydraulique, d’électrification rurale’’.

A ces voix discordantes, pami les alliés du Pouvoir, il faut ajouter celles de Mamadou Ndoye et d’Imam Mbaye Niang. Ce dernier a même décidé de tourner le dos à la coalition présidentielle Benno Bokk Yaakaar.

Au-delà du cercle des alliés, l’attitude devient quasi-vindicative. Dans une lettre ouverte au ton catégorique, le député Thierno Bocoum interpelle directement le président de la République. Il propose à Macky de casser la poire en deux. ‘’Faites votre référendum en respectant les recommandations du Conseil constitutionnel si vous le souhaitez, mais engagez-vous à démissionner en fin 2016. Ainsi vous respecterez votre parole d’appliquer les cinq ans à votre mandat’’, recommande le chargé de la communication du parti d’Idrissa Seck, dans sa missive publique. Le Rewmiste ne prend pas de gants pour donner sa sentence sur ce qu’il considère comme un ‘’reniement’’. Dans un style qui allie déférence et véhémence, le parlementaire de Rewmi écrit : ‘’Monsieur le Président, face à la grande porte de l’Histoire, vous avez choisi de vous perdre tout seul, en tombant dans le trou de la serrure. Vous avez choisi l’affaissement de nos valeurs et avez porté préjudice, pour longtemps encore, à une jeunesse africaine en quête d’exemples.’’

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