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Série de meurtres de sénégalais de l’extérieur: Au-delà de l’émotion.

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La mort a encore frappé les Sénégalais de l’extérieur avec un compatriote poignardé en France. Un meurtre de plus qui vient s’ajouter à la longue et interminable liste macabre. De quoi dépasser les émotions pour essayer de comprendre le problème et recueillir des propositions de solution.

Hier, au moment où les Sénégalais se demandaient quelle malédiction a frappé leurs compatriotes à l’étranger avec la mort de Lamine Senghor lundi à Paris, une nouvelle macabre leur est tombée sur la tête. ‘’Cheikh Oumar Foutiyou Diba, un jeune Sénégalais vivant au Brésil, a été brûlé vif pendant son sommeil par des racistes’’, affirme le site d’informations lainfo.es. D’après le support, trois assaillants ont mis le feu à son matelas samedi alors qu’il dormait dans les rues de Santa Maria, dans l’Etat méridional de Rio Grande del Sur, une ville habitée principalement par des immigrés.

Un crime odieux qui a fait réagir la Présidente du Brésil par twitter. “Je regrette profondément l’incident dans lequel le Sénégalais Cheikh Diba a été brûlé pendant le sommeil sur le trottoir à Santa Maria (RS)”, a déclaré Dilma Rousseff, promettant par la même occasion que la police fédérale se chargera de la question et le coupable ‘’sévèrement puni’’. On se demande s’il faut parler désormais de liste funèbre, car une liste a une fin, alors que cette série semble interminable. Rien que pour l’année 2015, on en compte plus d’une dizaine. Et même si les années qui l’ont précédé n’ont pas été aussi sinistres pour les Sénégalais de l’extérieur, il n’en demeure pas moins qu’elles ont été elles aussi meurtrières.

En Espagne, Mor Sylla est le dernier cas connu. Mais avant lui, il y a eu Magatte Fall à Alméria, Babacar Dièye à Barcelone, Abdoulaye Mbengue à Palma de Mallorca ainsi que Aliou Ba, sans que la liste ne soit exhaustive. Le pays de l’Oncle Sam égrène aussi des morts sénégalais. Le taximan Mamadou Diop, en mars 2014, Mamadou Thialy Ngom et Cheikh Diop au mois de décembre de la même année. Toujours au Etats-Unis, il y a Moctar Sy tué le 28 janvier dernier, Pape Khaly Niang, le fils d’Aminata Mbengue Ndiaye et Abdou Salam Cissé récemment au mois d’août.

L’Italie aussi participe à cette série macabre. Les compatriotes de Mateo Ransi ont ôté la vie à pas moins de 4 Sénégalais en trois ans. Le 1er février 2013, il y a eu le décès de Cheikh Ndiaye. S’ensuivent Mor Diop Samb, Mame Balla Khoul le 5 septembre passé et le dernier cas en date qui est celui de Mor Sèye abattu lors du week-end dernier. La France non plus n’est pas en reste. Le corps d’Aminata Dia a été retrouvé dans la Seine. Amadou Koumé a perdu la vie au commissariat du 10ème arrondissement de Paris dans la nuit du 5 au 6 mars. Sans oublier la mort de Lamine Senghor avant-hier.

Les raisons des meurtres

L’Afrique a également pris part à cette folie meurtrière. Le Gabon a enregistré trois meurtres. Mamadou Diaw, le 18 mars 2014, Cheikh Amadou Tidiane Bâ, dans la nuit du 6 au 7 avril de la même année, ainsi que Moustapha Kébé le 15 juillet 2015. Quant au Maroc, outre les trois filles asphyxiées au gaz et dont on ne sait pas s’il s’agit réellement d’une main coupable, il y a deux cas avérés. Pape Ismaïla Faye et Pape Moussa Seck morts la même année, respectivement au mois d’août et au mois d’octobre. La Côte d’Ivoire aussi tient son décès, Souleymane Diallo, victime de sévices dans la police du 4ème arrondissement.

Cette énumération déjà assez funèbre et inachevée est la preuve que des Sénégalais décèdent à l’extérieur comme jamais. Se pose alors une question. Comment expliquer tous ces morts des compatriotes à l’étranger ? Le directeur des Sénégalais de l’extérieur Sorry Kaba précise d’abord qu’il ne s’agit pas d’une exception sénégalaise, étant entendu surtout que les Sénégalais ont une bonne réputation à l’extérieur. ‘’Il ne faut pas que nos compatriotes pensent que les Sénégalais sont visés. Les Gambiens, les Ivoiriens et autres seraient aussi victimes de cela. La preuve avec le décès de Mor Sèye en Italie. Le tueur ne ciblait pas un Sénégalais. Il était à la recherche d’un étranger et il est tombé sur Mor.’’

S’agissant de l’explication, notre interlocuteur estime qu’il y a beaucoup de facteurs qui ont changé par rapport à l’émigration il y a 30 ans et qui en seraient les causes. En Italie par exemple, il y a la montée de l’extrême droite. Ses militants ont besoin de signer leurs actes pour prouver leur existence. Partout ailleurs, on fait face à la crise pétrolière, économique et financière ainsi qu’au terrorisme. Ce qui oblige les pays à se recroqueviller sur eux-mêmes. Cependant, toute la responsabilité ne repose pas sur les autres. Les ressortissants du pays de la Teranga ont aussi leur part de responsabilité. D’ailleurs Momar Dieng Diop, le président de l’Association des Sénégalais en Espagne, invite ses compatriotes à ne pas se voiler la face. ‘’Certains sont bons, mais il y a d’autres qui font fi des lois en vigueur dans les pays d’accueil. Nous devons faire notre mea culpa. Autant on a des droits, autant on a des devoirs’’.

Dans une interview accordée récemment à EnQuête, Mamoudou Ndiaye dit Samba Niang, président de l’Association des Sénégalais de Cannes et Paca, reconnaît l’existence de ce problème de conformité aux règles. Deux points sont à souligner à ce niveau : le commerce sur des produits contrefaits avec des Sénégalais qui se dénoncent entre eux et la vente ambulante. Sur cette dernière question, Samba Niang ajoute : ‘’La vente ambulante y est considérée comme un délit. D’ailleurs, c’est même plus grave que certaines infractions routières.’’ Partant de ce constat, il n’est pas surprenant de se rendre compte que dans beaucoup de décès, les forces de l’ordre des pays concernés sont impliquées avec des perquisitions et courses poursuites qui tournent au drame.

Les dossiers sont des affaires privées

A propos du rôle de l’Etat, Momar Dieng Diop se montre particulièrement amer. Pour lui, il ne fait pas de doute, le ministère des Affaires étrangères a failli à sa mission. ‘’Le ministère se devait de se faire une obligation d’appuyer sur tous les leviers possibles pour assister les Sénégalais de l’extérieur. Mais il n’y a jamais eu de réaction de la part des autorités. Ici en Espagne, aucun des dossiers n’a abouti. On ne sait pas où est-ce qu’ils se situent. L’Etat ne fait pas le suivi’’, fulmine-t-il.

Une position pas propre à M. Diop uniquement et qui n’est pas pour plaire à Sorry Kaba. Ce dernier affirme que la réaction des Sénégalais dans ces circonstances influe négativement sur certains dossiers. Il se désole du fait qu’ils ne sont pas jugés sur ce qu’ils font, c’est-à-dire l’accompagnement et le suivi des dossiers, mais sur ce qu’ils n’ont pas à faire, communiquer sur l’instruction judiciaire. ‘’Tous les dossiers sont suivis. Mais l’instruction prendra le temps que les autorités des pays veulent que ça prenne. Je pense que nous sommes très mal compris. Dès l’instant que les familles acceptent de se constituer partie civile, ça devient une affaire privée. On nous demande de parler d’une affaire privée. Pour connaître la suite, il faut contacter les familles’’, réplique M. Kaba.

Cependant, malgré la différence d’appréciation de la politique de l’Etat, les acteurs sont d’accord sur la solution. Un des points est la sensibilisation qu’il faut renforcer. L’autre point proposé à la fois par M. Kaba et M. Diop consiste en la mise en place de structures dynamiques et opérationnelles pour la protection et la valorisation des membres de la communauté, mais aussi le rapatriement des corps. Car ceci est un véritable casse-tête, souligne Momar Dieng Diop. Seul point de divergence, la tenue des Assises de l’immigration. Une proposition du président des Sénégalais d’Espagne et de Boubacar Diop de Horizon sans frontières, laquelle, selon M. Kaba, n’est pas la panacée.

Du côté de l’Assemblée nationale, le député Abdou Lahad Seck Sadaga, parti remonter le moral à la famille de Mor Sèye, a profité de l’occasion pour demander à ses pairs la création d’une commission d’enquête parlementaire chargée de découvrir les conditions de vie des émigrés et de tirer au clair ce genre d’affaires.

‘’Des Sénégalais sont de manière récurrente assassinés comme des lapins en Europe pendant que les Européens sont choyés comme des rois au Sénégal. Ce combat contre ce type d’agressions doit prendre une ampleur nationale. Il faut une implication manifeste des députés. Une commission parlementaire doit se rendre en Italie. Cela peut servir de réconfort à la famille de la victime, mais aussi montrer au gouvernement Italien que le peuple sénégalais ne veut plus jamais qu’un tel drame se reproduise. Nous invitons aussi les Sénégalais à marcher pour l’éclatement de la vérité et l’arrestation du meurtrier’’, a déclaré le parlementaire.

Enquête Plus

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