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SERIGNE KHADIM ABASS: Lettre ouverte aux représentants et à ceux qui prétendent de l’être !

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Le Sénégal appartient autant aux représentants qu’aux représentés.

Or les représentés perdent de plus en plus confiance aux représentants. Puisque les premiers se rendent compte que les décisions que les derniers prennent en leur nom ne reflètent pas leurs intérêts ni leurs volontés.

D’autant plus qu’ils se métamorphosent au gré de leurs intérêts politiques.

C’est pourquoi les représentés se demandent souvent lequel de leurs personnages se fient-ils ?

Selon que vous êtes dans l’opposition, tout acte judiciaire intenté contre vous relève de l’élimination politique.

Selon que vous êtes dans le pouvoir il représente un acte purement judiciaire.

Nombreux sont ceux qui, en 2012, criaient sur les toits la culpabilité de détournement de deniers publics de Karim Wade.

C’est vous-même, en 2021, qui utilisez cela comme un argument de liquidation politique. De même, les manifestations de 2012 que vous qualifiez de manifestation pour la démocratie sont aujourd’hui considérées comme étant de trouble à l’ordre public.

Ce scénario pourrait se répéter en 2025. Ayez quand même un peu de scrupule et renoncez à cette politique du vendre.

D’ailleurs, vous savez bien que le système représentatif n’est pas démocratique, c’est pourquoi Jean-Jacques Rousseau, contrairement à Sieyès, s’y opposait.

Jusqu’au 18e siècle, les régimes politiques étaient soit monarchique, soit démocratique. Mais ce sont les États-Unis et la France qui ont inventé le système représentatif afin d’exclure le peuple des décisions politiques.

La particularité dudit système réside dans le fait que l’origine et la légitimité du pouvoir appartient au peuple, mais, en aucun cas, il n’intervient pas dans les décisions politiques.

Ce que l’Abbé Sieyès montrait ainsi :

«Les citoyens qui se nomment des représentants renoncent et doivent renoncer à faire eux-mêmes la loi, ils n’ont pas de volonté particulière à imposer.

S’ils dictaient des volontés, la France ne serait plus cet état représentatif, ce serait un état démocratique».

Cependant rien ne garantit que les représentants soient fidèles aux volontés des représentés.

D’autant que la représentation ne reflète pas la réalité populaire.

Par exemple, la France, dont l’Assemblée nationale compte 577 députés, seul 1% sont issus des ouvriers et des employés qui font plus 50% de la population française.

Et 81% des députés sont issus des cadres supérieurs qui ne font que 16% de la population nationale.

Cette minorité majoritaire défend en conséquence ses propres intérêts. Les 20% les plus riches de la France bénéficient ainsi de 79% de réduction d’impôt.

Quant au vote, qui est le fondement du système représentatif, qui fait croire aux représentés qu’ils ont le pouvoir de sanctionner ou de récompenser les représentants, leur fait perdre leur souveraineté en ce sens qu’en votant ils délèguent leur pouvoir décisionnel aux représentants qui gouverneront ainsi en leur nom.

Or le vote n’est effectué que par une petite minorité des représentés.

L’exemple du Sénégal est valable pour le reste du monde.

La population sénégalaise est environ 16 000 000, mais seuls un peu plus de 4 000 000 aient voté aux élections présidentielles de 2019 et le candidat gagnant a obtenu à peine la moitié des votants.

Celui qui représente l’ensemble des sénégalais n’est légitimé qu’une petite fraction de la population nationale.

Ce sont ces perversions du système représentatif, et d’autres, qui faisaient dire à Jean-Jacques Rousseau que :

« le peuple ne peut avoir de représentant, parce qu’il est impossible de s’assurer qu’ils ne substitueront point leur volontés aux siennes et qu’ils ne forceront point les particuliers d’obéir en son nom à des ordres qu’il n’a ni donné ni voulu donner ».

Et pourtant les représentants peuvent trouver dans la tradition sénégalaise, dont les valeurs sont riche en sagesse (Kocc Barma Fall), en politique (Thierno Souleymane Baal), en sens d’organisation et en dévouement pour les siens (Cheikh Ahmadou Bamba) etc., tout ce qu’il faut afin d’instaurer des institutions où les représentés s’y reconnaitront.

Arrêtez donc de singer l’Occident, car une copie ne pourra jamais être aussi authentique qu’un original.

C’est pourquoi Franz Fanon disait dans Les Damnés de la terre :

«Si nous voulons transformer l’Afrique en une autre Europe, alors confions à des Européens les destinés de nos pays, ils sauront mieux faire que les mieux doués d’entre nous».

Les représentants et ceux qui prétendent de l’être doivent donc savoir que la victoire politique n’est pas de gagner des élections, mais c’est la capacité à améliorer les conditions de vie des représentés. Si vous n’êtes donc pas capable d’améliorer les conditions de vie des représentés, non seulement vous échouez quand bien même vous feriez plusieurs mandats, mais aussi vous ne faites pas la politique.

Quant aux représentés, surtout les jeunes dont l’avenir est en jeu, ils doivent être plus perspicace et savoir que l’Afrique reste derrière les autres continents et que sa faible participation à l’économique mondiale, à la technologie, à la science, etc., laisse croire que les Africains sont trop nombreux sur terre.

Or la chine seule a une population plus nombreuse que toute l’Afrique. Mais du fait que l’Africain n’est pas champion dans aucun domaine, il est considéré comme n’étant bon à rien et mauvais à tout.

Ayons donc la conscience de la gravité de l’heure et cherchons à relever les défis qui s’ouvrent à nous. Représentants, concentrez-vous sur ce qui fait avancer le Sénégal, et renoncez à la méchanceté, à la jalousie et à la haine.

Que Dieu bénisse notre cher Sénégal.

Par Khadim Mbacke-Abass

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