});

Serigne khadim Mbacké Abass : Si notre contrat social était-il perverti

= 2280

Thomas Hobbes, John Locke et Jean-Jacques Rousseau ont tous théorisé l’état de nature d’où, pour se conserver, l’homme est sorti pour entrer dans l’État social afin d’y trouver la paix selon Hobbes, pour réglementer la propriété privée selon J.

Locke et dans le but d’avoir la moral selon J.J Rousseau.

Ce dernier a considéré que le droit du plus fort ne peut pas constituer un principe sur lequel se fondant la société humaine, car: « le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître, s’il ne transforme sa puissance en droit et l’obéissance en devoir».

Ainsi l’État est la forme la plus élaborée de la société humaine.

Mais il faut rappeler que le système représentatif est inventé en France et aux États-Unis vers la fin du 18e siècle.

En effet, en 1789, le peuple français, affamé et excédé par un roi qui le méprise, aidé par les artisans et les commerçants ayant une ascension sociale fulgurante grâce à leur richesse, s’est révolté contre la monarchie.

Mais la Bourgeoisie a réussi à prendre le pouvoir grâce au système représentatif.

Ce qui semblait être une révolution n’est que l’accession au pouvoir de la Bourgeoisie qui représente ainsi le peuple dans sa globalité.

Abbe Sieyès a ainsi théorisé le système représentatif:
« Les citoyens qui se nomment des représentants (députés/présidents) doivent renoncer à faire eux-mêmes la loi ; ils n’ont pas de volonté particulière à imposer.

S’ils dictaient des volontés, la France serait plus cet Etat représentatif, ce serait un Etat démocratie».

Ce système représentatif est une manière de combiner le fait que la légitimité du pouvoir réside dans le peuple et le fait que ce même peuple n’intervient pas dans la gestion du pouvoir.

Or le système représentatif se retourne contre l’idée même de la démocratie, car, selon Jean Jacques Rousseau, « Le peuple ne peut avoir de représentants, parce qu’il est impossible de s’assurer qu’ils ne substitueront point leurs volontés aux siennes et qu’ils ne forceront point les particuliers d’obéir en son nom à des ordres qu’il n’a ni donné ni voulu donner ».

Par conséquent l’objectif de l’État semble être perverti par ceux qui l’incarnent : L’homme est riche, mais l’État l’appauvrit.

L’homme est humain, mais l’État le rend barbare.

Et l’homme est intelligent, mais l’État le lobotomise.

Si tout cela est possible, c’est parce que le pouvoir étatique est exercé par des représentants qui ne font que la politique du ventre.

La politique du ventre renvoi à ceux qui tirent un intérêt matériel aux activités politiques.

Ce qui amène Max Weber à distinguer deux façons de faire la politique : Ceux qui vivent pour la politique.

C’est-à-dire ceux qui cherchent à améliorer la vie de leurs semblables.

Et ceux qui vivent de la politique.

En d’autres termes, ceux qui le considèrent comme un métier leur permettant de gagner leur vie.

Ces derniers ont été considérés par Karl Marx comme étant une classe sociale accaparant l’État pour maintenir une domination sociale et économique.

La crise du covid-19 illustre bien cela.
En effet, de mars 2020 jusqu’à aujourd’hui, toutes les mesures prises par l’État du Sénégal, décrets présidentiels ou arrêtes ministériels, vont dans le sens de la coercition.

Les libertés et les droits individuels des citoyens ont été niés sous prétexte de la «guerre» contre le coronavirus.

« Cette guerre» aurait dû privilégier la persuasion plutôt que la force.

Mais elle a tendance à opprimer le peuple.

Il fait le rappeler, cette tendance à faire peur aux gens est héritée de l’administration coloniale, qui était une administration de commandement et non une administration qui était dans le service des populations.

Dans une telle situation, nous les jeunes, dont l’avenir est en jeu, devons être plus conscients de notre rôle d’artisan d’une nouvelle citoyenneté.

Nous ne devons plus confier notre destin à des dinosaures politiques dont l’unique souci était, et reste de l’être d’ailleurs, de créer, grâce aux deniers publics, un patrimoine qu’ils transmettront à leurs progénitures.

Nous avons à savoir que l’autorité, quelle qu’elle soit, doit reposer, non uniquement sur la coercition, mais sur l’amour, l’estime et la confiance. Ce que la parole politique a perdu. Car les populations ne donnent plus du crédit aux discours politiques.

D’où les doutes qui persistent encore quant à l’ampleur de la pandémie du convid-19.

Par Khadim Mbacké-Abass.

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :