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Yaye Fatou Diagne Mboup: « Pour la fabrication d’unités de transformation, l’Etat doit mettre à contribution l’expertise locale»

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En marge de la cérémonie de lancement du Programme d’urgence de développement communautaire (PUDC), le 7 juillet, l’édile de Ngathie Naoudé (région de Kaolack), accrochée par notre reporter, sonne le tocsin pour avertir le gouvernement afin d’éviter qu’il ne tombe dans les mêmes travers que les anciens régimes, notamment en ce qui concerne la fabrication d’unités de transformation. Selon elle, l’Etat doit mettre à contribution l’expertise locale au lieu d’aller chercher des moulins en Chine, en Inde ou ailleurs qui sont plus habilités à moudre le blé que le mil ou le maïs qui sont plus durs.

 Comment avez-vous accueilli l’initiative du Président de la République visant à corriger les inégalités sociales à travers le Programme d’urgence de développement communautaire ?

Mme Mboup Yaye Fatou Diagne : C’est la consécration d’une démarche du chef de l’Etat qui lui a permet d’être au courant des difficultés du monde rural. En notre qualité de maire de commune en milieu rural, nous apprécions ce programme à sa juste valeur. Comme le président de la République l’a rappelé, ainsi que la coordonnatrice du PNUD au Sénégal, les femmes en milieu rural prennent beaucoup de temps dans les tâches ménagères. Les alléger contribuerait à leur permettre de se consacrer davantage à des activités économiques afin d’augmenter leurs ressources et, par conséquent, améliorer leurs conditions de vie. Et je ne m’arrêterais pas aux femmes parce que la réalité est que même les jeunes garçons et surtout les jeunes filles ont besoin d’une bonne éducation. Car il faut un changement de comportements pour le futur citoyen. Mais pour cela, il faut des conditions adéquates pour des études. Imaginez que dans certaines localités, les jeunes n’ont pas d’électricité pour pouvoir apprendre leurs leçons le soir. Ils profitent plus de la période diurne pour étudier. Sauf que durant la journée, ils sont plus occupés, notamment les filles, aux travaux domestiques.

En lançant ce programme ambitieux visant à faciliter aux populations rurales l’accès à l’eau, à l’électricité et aux équipements de transformation, le président de la République pose des jalons très forts pour assurer un meilleur avenir aux jeunes de l’intérieur du pays. Parce que, à mon avis, le Plan Sénégal Emergent gagnerait à être porté par les femmes et les jeunes. Pour y arriver, il faut améliorer leurs conditions de vie et d’apprentissage.

Les bons programmes n’ont jamais manqué au Sénégal, mais c’est au niveau de leur exécution que cela pèche le plus souvent. Qu’est-ce qu’il faudrait faire, selon vous, pour éviter ces travers ?

Vous vous souvenez certainement de « Monsieur forage » et « Madame moulin », sobriquets que le chef de l’opposition de l’époque, Me Abdoulaye Wade, affublait au Président Abdou Diouf et à on épouse. Les moulins sont tombés par la suite en panne les uns après les autres simplement parce qu’ils n’étaient pas adaptés à nos céréales locales. Je ne veux pas que le Président Macky Sall commette les mêmes erreurs. Il ne faudrait pas que le gouvernement aille chercher des moulins en Chine, en Inde ou ailleurs qui sont plus habilités à moudre le blé que le mil ou le maïs qui sont plus durs. Nous avons ici au Sénégal des menuisiers métalliques capables de fabriquer des moulins plus adaptés à nos réalités et notre climat. C’est cela qui pourrait différencier les anciens programmes de celui que le Président Macky Sall vient de lancer, notamment en ce qui concerne les unités de transformation, les décortiqueuses et les batteuses.

Le Président Macky Sall a titillé les maires des Communes et Présidents de Conseils départementaux en leur disant que le PUDC leur permettra d’avoir un bilan. Espérons que cela ne vous fera pas dormir sur vos lauriers ?

Personnellement, je suis déjà dans la dynamique. Je m’investi dans l’allégement de tâches domestiques pour les femmes, mais en expérimentant les moulins que les menuisiers métalliques sénégalais ont fabriqués. Je me suis dit, comme les femmes constituent la majorité de la population sénégalaise, qu’on devait leur alléger les travaux domestiques afin de leur permettre de jouer leur rôle de levier du développement. J’ai essayé au niveau de ma commune d’éradiquer ce fléau de la lourdeur des tâches ménagères. C’est dire donc que nous nous battons déjà pour l’émancipation des femmes et contre les inégalités sociales.

Mais le PUDC est quelque part discriminatoire parce que priorisant le monde rural.

C’est alors une discrimination positive. Car il ne faut pas oublier que le monde rural est défavorisé par rapport aux villes. Pourtant, le paysan paie toujours ses impôts. C’est une contrainte et c’est même une question d’honneur. Alors qu’en ville vous voyez des gens qui n’ont jamais payé d’impôt. Il est donc temps de corriger les disparités et les inégalités sociales. C’est d’ailleurs l’esprit de l’Acte 3 de la décentralisation qui a installé la communalisation universelle.

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